
Guide des attraits du kabuki et des façons de l’apprécier : découvrez un art traditionnel japonais !
Le kabuki est un art traditionnel japonais. Réunissant de nombreux attraits, il constitue depuis longtemps un divertissement populaire au Japon, quelle que soit l’époque. Entrer dans un théâtre de kabuki, c’est pénétrer dans un univers hors du quotidien. Héritiers et gardiens de plus de 400 ans de tradition japonaise, les acteurs de kabuki, dont le Japon est fier, exécutent des danses somptueuses et offrent des mises en scène spectaculaires. C’est un moment privilégié permettant d’apprécier à la fois l’éclat des costumes, les sonorités d’instruments japonais comme le shamisen et la beauté de danses raffinées jusque dans le mouvement des doigts. Sur scène, tous les rôles sont en principe interprétés par des hommes. Les rôles masculins, appelés tachiyaku, comme les rôles féminins, appelés onnagata, possèdent chacun leur propre beauté codifiée. Même sans comprendre la langue, il suffit de connaître quelques clés d’observation. En assistant à une représentation, chacun devrait trouver au moins un élément qui l’émeut.
Histoire du kabuki
Le kabuki est une forme théâtrale traditionnelle japonaise née au début de l’époque d’Edo. Il aurait vu le jour en 1603 à Kyoto, à l’initiative d’une femme appelée Izumo no Okuni. C’était il y a plus de 400 ans. Le mot kabuki viendrait du verbe kabuku, qui signifie « sortir des conventions ». À l’origine du kabuki actuel se trouve la danse kabuki odori, exécutée dans des costumes imitant les kabukimono, des personnages arborant des tenues extravagantes à la pointe de la mode et affranchis des idées établies. Le kabuki odori gagnant en popularité, des femmes, notamment des courtisanes, pratiquèrent ensuite l’onna kabuki, tandis que de jeunes garçons jouèrent le wakashū kabuki. Ces deux formes furent toutefois interdites par le shogunat de l’époque au motif qu’elles troublaient les bonnes mœurs. Apparut alors le yarō kabuki, principalement interprété par des hommes adultes. Dans cette forme, où les rôles féminins étaient également joués par des hommes, se trouvent les fondements du kabuki actuel. Le kabuki se développa ensuite principalement à Edo, aujourd’hui Tokyo, et dans la région du Kamigata, autour d’Osaka et Kyoto.
Le kabuki a poursuivi son développement original en intégrant des intrigues intéressantes et des formes d’expression issues de divers arts du spectacle, tels que le nô, le kyōgen, le bunraku et le rakugo. Tout en préservant ses traditions, il n’a cessé d’évoluer en adoptant constamment de nouvelles idées. Les spectateurs de l’époque étaient fascinés et enthousiasmés par ce théâtre utilisant les techniques les plus modernes. L’ambiance aurait été comparable à celle d’une salle de concert actuelle.
Le kabuki repose sur trois éléments : le théâtre, la danse et la musique.
Sur scène, uniquement des hommes ! Même les rôles féminins sont interprétés par des hommes
De nombreux acteurs de kabuki se forment dès l’enfance à la danse japonaise, au nagauta et au shamisen. Certains héritent du métier au sein d’une famille d’acteurs de kabuki depuis plusieurs générations, d’autres deviennent directement disciples ou fils adoptifs d’un acteur, tandis que d’autres encore suivent une formation dans une école spécialisée avant de devenir acteurs de kabuki.
Comme indiqué précédemment, pour des raisons historiques, tous les rôles sur scène sont en principe interprétés par des hommes. Même les acteurs qui ressemblent à de jeunes filles sont des hommes. Bien sûr, ils se maquillent, portent une perruque et adoptent une attitude féminine, mais leur silhouette, leur voix et jusqu’à leurs gestes paraissent si féminins que beaucoup s’étonnent en pensant à tort qu’une femme joue dans le spectacle.
Les onnagata fascinent le public par la beauté de leurs gestes, mais leur art exige en réalité une grande endurance physique.
La posture de base consiste d’abord à rapprocher fermement les omoplates. Devant un miroir, essayez de rapprocher les omoplates droite et gauche vers le centre du dos. Le cou ne paraît-il pas alors naturellement plus long et les épaules plus étroites ? Cette posture permet d’exprimer la féminité par une belle ligne de cou et de paraître plus petit qu’un homme en réduisant visuellement la largeur des épaules. Il faut ensuite abaisser les hanches et adopter une position dans laquelle l’intérieur des deux genoux se touche. Cela permet de paraître encore plus petit que les acteurs masculins. Telle est la posture de base. En l’adoptant, on comprend qu’elle exige un tronc particulièrement solide. Derrière les mouvements élégants, gracieux et légers des onnagata se cachent donc tous ces efforts, sur lesquels repose leur beauté.
Les onnagata interprètent des rôles très variés. De la jeune princesse à la femme d’âge mûr, ils doivent exprimer aussi bien l’âge que le statut social. Ces différences sont rendues non seulement par les perruques et les costumes, mais aussi par les gestes.
Même une action aussi simple que « pleurer » varie selon le rôle.
Une princesse sort à peine les mains des manches de son kimono. Pour pleurer, elle porte l’ouverture de la manche à ses yeux. Une jeune femme du peuple, elle, utilise non pas l’ouverture, mais le tamoto, c’est-à-dire la longue partie arrondie et pendante de la manche du kimono, semblable à une poche.
Une femme de haut rang utilise un kaishi plié, une petite feuille de papier japonais pliée en deux. Une courtisane fait légèrement dépasser de sa manche le juban, qui fait office de sous-vêtement sous le kimono.
Ainsi, même les gestes exprimant les pleurs diffèrent selon le rôle.
En observant un onnagata sur scène, ne vous arrêtez pas à sa beauté : prêtez également attention à ses gestes les plus subtils !
Bien entendu, la perruque, le costume et les gestes des tachiyaku permettent eux aussi de distinguer leur statut, leur âge et d’autres caractéristiques.
Le maquillage révèle le caractère et le statut des personnages
Dans le kabuki, les acteurs se maquillent le visage. Il existe plusieurs types de maquillage, qui permettent de comprendre la personnalité, le statut et d’autres caractéristiques du personnage. Chaque acteur se maquille lui-même quotidiennement avant la représentation.
Le visage entier est d’abord recouvert d’une seule couleur, appelée jiiro, qui permet déjà d’identifier dans une certaine mesure le personnage.
- Blanc : personnages de haut rang, personnes vertueuses ou séduisants héros d’histoires d’amour. Toutefois, même les méchants sont souvent maquillés en blanc s’ils sont de haut rang ou séduisants.
- Rouge : souvent les hommes de main, serviteurs ou brutes subalternes du méchant.
- Couleur chair : souvent les citadins ou les méchants.

La couleur de base du visage permet ainsi de reconnaître immédiatement le caractère et le statut du personnage.
Les sourcils, le rouge à lèvres, le fard à joues, la barbe et d’autres éléments sont ensuite ajoutés. Les acteurs de kabuki appellent l’action de se maquiller « faire son visage ».
Pour les tachiyaku, le kabuki utilise en outre une technique de maquillage appelée kumadori.
Elle consiste à tracer des lignes au pinceau, puis à les estomper avec les doigts. Le terme kuma désigne la frontière entre lumière et ombre. Comparable au surlignage et au contouring du maquillage ordinaire, cette méthode accentue les ombres et les reliefs. Propre au kabuki, elle représente de façon exagérée les vaisseaux sanguins et les muscles du visage.

Quel maquillage vient à l’esprit lorsqu’on pense aux acteurs de kabuki ? Probablement un visage parcouru de lignes rouges. Ce maquillage est appelé kuma. Les personnages portant de nombreuses lignes rouges sont de nature « positive ». Autrement dit, ils représentent des justiciers, de fougueux jeunes hommes ou, en somme, des « super-héros ». Plus les lignes rouges sont nombreuses, plus ces traits sont accentués. Pour un même personnage, leur nombre peut même varier selon la scène.
S’il existe des personnages « positifs », il existe naturellement aussi des personnages « négatifs ». Ceux qui portent un kumadori bleu ou brun sont souvent de grands criminels ou des créatures surnaturelles. Le bleu désigne notamment les puissants méchants et les esprits vengeurs, tandis que le brun représente les démons, entre autres.
Dans le kabuki, il suffit donc d’observer le maquillage pour savoir immédiatement si le personnage est un « justicier », un « méchant » ou un « esprit vengeur ». Même si l’intrigue est difficile, une observation attentive du maquillage permet d’en suivre le déroulement.
Outre les personnages « positifs » et « négatifs », il existe aussi des personnages comiques. Même lorsqu’il est rouge, un kumadori plein d’humour inspiré d’un animal, par exemple, indique un rôle de bouffon.
Perruques et costumes
Lors d’une représentation de kabuki, n’oubliez pas non plus d’observer les perruques et les costumes.
Commençons par les costumes. Ils constituent l’un des attraits du kabuki et se distinguent par leur faste. Confectionnés en soie naturelle, ils peuvent peser au total 30 à 40 kg dans le cas du rôle de keisei, le rang le plus élevé parmi les courtisanes, et se caractérisent surtout par leur volume imposant. Jouer dans un tel costume doit être éprouvant pour les acteurs, mais pour le public, le résultat est véritablement somptueux : dès l’entrée en scène de la keisei, sa beauté captive tous les regards.

Le bukkkaeri est un procédé vestimentaire employé au cours d’une pièce pour exprimer un changement majeur dans la nature d’un rôle. Il est par exemple utilisé lorsqu’un être démoniaque ayant pris une apparence humaine révèle sa véritable forme jusque-là dissimulée. Devant le public, la partie supérieure du kimono est alors rabattue vers le bas du corps afin d’exhiber son envers aux motifs éclatants.
Passons aux perruques.
Elles sont généralement confectionnées selon les usages de l’époque d’Edo.
Il en existe de nombreuses sortes, plus d’un millier, dit-on. Chaque rôle obéit à des règles précises. La partie appelée mage, où les cheveux sont rassemblés et repliés, varie ainsi par sa forme, son épaisseur et son angle selon le personnage. La perruque permet donc de déterminer l’âge, la situation, la profession, le caractère et, plus généralement, la nature du rôle.
Dans le cas d’un onnagata, par exemple, la forme de la perruque et les ornements capillaires indiquent si le personnage est marié, riche ou pauvre. Les accessoires de la perruque révèlent également son statut et son âge. Pour le rôle de keisei évoqué précédemment à propos des costumes, près de 20 grandes épingles à cheveux, peignes et autres ornements sont utilisés au total. L’ensemble pèserait plus de 3 kg.
Comme les costumes, les perruques peuvent également changer au cours d’une pièce. Dans les scènes représentant des situations atroces, comme un seppuku, la coiffure jusque-là ordonnée est défaite devant le public afin de donner volontairement aux cheveux un aspect ébouriffé.
Par ailleurs, les perruques ne sont pas préparées à l’avance. Une fois la pièce et la distribution définies, elles sont confectionnées après des discussions détaillées entre l’artisan perruquier, le coiffeur et l’acteur de kabuki.
Il existe également une mise en scène appelée hayagawari, qui consiste à changer rapidement de costume, de perruque et d’autres éléments de l’apparence. Lorsqu’un même acteur interprète au moins deux rôles dans une scène, il change en très peu de temps de costume, de perruque et même de maquillage, puis réapparaît totalement transformé. Le changement est si rapide et l’acteur réapparaît si souvent à un endroit différent de celui par lequel il est sorti que le public a l’impression d’assister à un tour de magie. Lorsqu’un acteur populaire démontre l’étendue de son art en jouant à la fois des tachiyaku et des onnagata, le hayagawari rend le spectacle particulièrement impressionnant. Certaines pièces confient même plus de dix rôles à un seul acteur.
Le kabuki séduit donc non seulement par le jeu, mais aussi par les costumes, les perruques et le maquillage.
Temps forts des acteurs de kabuki, cris d’encouragement et applaudissements
Lorsque la prestation paraît « magnifique » ou « splendide », n’hésitez pas à applaudir les acteurs de kabuki. Certains se demandent peut-être quand applaudir. Il existe en réalité un moment très facile à reconnaître. Au milieu de son jeu, un acteur s’immobilise soudainement dans un geste ample. C’est ce qu’on appelle un mie : lorsque l’émotion ou le mouvement atteint son paroxysme, l’acteur s’arrête et prend une pose. Lorsqu’un acteur prend un mie, applaudissez-le chaleureusement. Le moment est facile à reconnaître, car il est accompagné du son des ki, des claquettes en bois évoquées plus loin.

Au Japon, l’expression mie o kiru signifie d’ailleurs « prendre une attitude théâtrale » et tire son origine de ce terme du kabuki.
Qui sont les personnes qui entrent et sortent de scène sans jouer ?
Une personne entièrement vêtue de noir, costume et capuche compris, apparaît soudain sur scène. De qui s’agit-il ? Selon les conventions scéniques, ces personnes en noir sont considérées comme « invisibles ». Elles sont appelées kurogo. Elles soutiennent les acteurs de kabuki en rangeant les accessoires devenus inutiles pendant le jeu ou en apportant depuis les coulisses ceux qui sont nécessaires.
Parmi les assistants figurent aussi des personnes dont le visage est visible et qui portent un hakama. Elles sont appelées kōken. Elles rangent elles aussi les accessoires et aident les acteurs à changer de costume sur scène. Indispensable au bon déroulement du spectacle, ce rôle est généralement assuré par des acteurs de kabuki encore disciples.
Le kabuki est aussi un véritable orchestre : appréciez également les sons !
Dans le kabuki, la musique d’accompagnement et les effets sonores sont en principe tous joués en direct, sur place. Le kabuki est donc un divertissement qui permet d’apprécier aussi bien le jeu que la musique.
Commençons par la musique d’accompagnement. Au son du shamisen, elle explique la situation de la scène ou raconte l’état d’esprit et les émotions des personnages, remplissant ainsi un rôle comparable à celui d’une narration. Les musiciens jouent côté jardin, c’est-à-dire à droite face à la scène, ou côté cour, à gauche face à la scène. Dans les pièces dansées, ils jouent sur une estrade derrière les acteurs. Il existe quatre genres : nagauta, tokiwazu, kiyomoto et gidayū.
Le nagauta s’est d’abord développé comme musique des danses de kabuki. Il se compose de chant, de percussions et de shamisen. Il peut être joué sur une estrade installée sur scène ou dans le kuromisu, côté cour, hors de la vue du public.
Le tokiwazu accompagne principalement les danses et est joué à la vue du public. À mi-chemin entre le chant et la récitation, il se caractérise par un style lent et solennel.
Le kiyomoto est une forme de jōruri dans laquelle un récit est déclamé de façon mélodique avec un accompagnement de shamisen. Il se distingue par son registre très aigu.
Le gidayū réunit un récitant appelé tayū et un joueur de shamisen appelé shamisen-kata. De grande taille, le shamisen produit des sons graves et puissants. Ce genre intervient notamment lorsqu’un tachiyaku déclame ou qu’un onnagata exprime ses sentiments.
Les nombreux effets sonores sont naturellement eux aussi produits sur place.
Ils sont créés dans une petite pièce fermée par un store noir, située côté cour, et renforcent la mise en scène du kabuki.
Si l’on entend par exemple le crépitement de la pluie, il est produit par un ameuchiwa. Des perles sont fixées sur la surface de cet éventail et, lorsqu’on le secoue, elles reproduisent le bruit de la pluie.
Le vent est lui aussi imité à l’aide d’un instrument. Une roue dentelée en bois recouverte de tissu est mise en rotation. Le frottement du tissu produit alors le sifflement du vent. Tous les sons évoquant un paysage sont ainsi créés sur place au moyen d’accessoires.
Les paysages ne sont pas les seuls concernés. Les cris des animaux sont également reproduits. Le coassement des grenouilles serait par exemple obtenu en frottant des coquillages l’un contre l’autre.
À l’ouverture du rideau, un effet sonore sec retentit. Il est produit en frappant l’un contre l’autre deux morceaux de bois rectangulaires appelés ki. Ceux-ci sont frappés à petits coups lors de l’ouverture et de la fermeture du rideau.
De même, de puissants coups peuvent retentir pendant une pièce à l’aide de deux tsukegi et d’une planche appelée tsukeita. Ils sont exécutés par un spécialiste appelé tsuke-uchishi, placé à l’extrémité du côté jardin. Cet effet est appelé tsuke. Les claquettes sont frappées en synchronisation avec les mouvements des acteurs afin d’accentuer des bruits tels que des pas ou des chocs. Elles servent aussi d’effet sonore lorsqu’un acteur prend un mie ou pendant les scènes de combat.
Tendez l’oreille et appréciez également les chants et les effets sonores exécutés en direct à cet instant précis.
Scène et machinerie
La scène située face au public est en réalité une scène tournante. Elle comporte un plateau circulaire découpé, appelé bon, capable de pivoter à 360 degrés. Les grands décors des différentes scènes sont installés sur ce plateau, dont la rotation permet de passer d’un lieu de l’histoire à un autre. Derrière le décor visible depuis la salle se trouvent déjà le fond ou le bâtiment de la scène suivante ! Aujourd’hui, les scènes tournantes sont probablement utilisées dans les théâtres du monde entier, mais elles sont en réalité nées dans le kabuki. Elles auraient été inventées en 1758 par le dramaturge Namiki Shōzō, qui se serait inspiré des toupies. Autrefois actionnées à la force humaine, elles sont aujourd’hui généralement électriques. Dans certains anciens théâtres, elles sont toutefois encore manœuvrées à la main.
La passerelle située côté cour au milieu du public est appelée hanamichi. Elle sert aux entrées et sorties des acteurs ainsi que de prolongement de la scène. Lorsqu’un acteur populaire apparaît depuis l’agemaku, le rideau situé au fond de la salle, au son d’un tintement métallique, l’excitation envahit le théâtre. Bien qu’il fasse partie de la scène, le hanamichi traverse le public, ce qui donne l’impression d’être plus proche des acteurs et renforce le sentiment d’unité. L’acteur entré depuis le fond de la salle s’arrête un instant à l’endroit appelé shichisan pour prendre une pose ou jouer. Ce lieu est ainsi nommé parce qu’il divise la distance entre l’agemaku et la scène selon un rapport de 7 à 3. La partie du shichisan comporte un ascenseur scénique qui fait monter et descendre les acteurs. Celui-ci est appelé suppon. Il sert à faire apparaître des personnages qui ne sont pas « humains », comme des magiciens, des fantômes ou des renards ayant pris forme humaine.

Une autre mise en scène spectaculaire est le chūnori, dans lequel un acteur suspendu à des câbles se déplace de la scène principale jusqu’au deuxième balcon ou vole au-dessus de la scène. Cette technique sophistiquée peut sembler récente, mais elle était déjà pratiquée vers 1700. Le kabuki a ainsi toujours fasciné le public au moyen de dispositifs surprenants.
Assister à une représentation de kabuki
Où acheter des billets
Le site d’information sur le kabuki « KABUKI official website », géré par Shōchiku, qui organise les représentations, publie le programme des spectacles.
Outre les informations sur les représentations et l’actualité du kabuki, il explique ses attraits de façon accessible au moyen de photos et de vidéos. Consulter le résumé avant la représentation permet de comprendre l’intrigue et de mieux suivre le spectacle. Ce site est un service pratique permettant d’acheter en ligne des billets dans plus de 20 langues.
Si la représentation n’est pas complète, il est également possible d’acheter un billet le jour même au guichet du théâtre sans réservation préalable en ligne.
Pour bien comprendre le contenu des pièces
Pas d’inquiétude après toutes ces explications sur la manière d’apprécier le kabuki, certains théâtres proposent aussi, moyennant paiement, des audioguides en anglais. Ils expliquent précisément en anglais l’intrigue de la pièce jouée sous les yeux du public. Ils sont recommandés à ceux qui souhaitent mieux comprendre le contenu.
Catégories de places
Il existe plusieurs catégories de places, qui varient selon le théâtre. Au Kabukiza, par exemple, on trouve des loges au rez-de-chaussée, des places de première et deuxième catégorie, des places A et B au troisième balcon, ainsi que les places pour un seul acte présentées plus loin.
Dans les loges du rez-de-chaussée du Kabukiza, il faut retirer ses chaussures. Elles disposent d’un espace généreux pour les jambes, aménagé comme un kotatsu encastré, et forment des sortes de compartiments privés pour deux personnes, offrant un cadre particulier. Une petite table permet également d’assister confortablement à la représentation. Ces places étant installées sur les deux côtés du théâtre, la scène est vue en diagonale. Elles sont toutefois légèrement surélevées par rapport aux sièges du rez-de-chaussée et offrent ainsi une vue dégagée sur l’ensemble de la scène.
Pour observer attentivement les gestes subtils, les regards et les détails des costumes des acteurs, les cinq premiers rangs du côté jardin par rapport au hanamichi sont recommandés. Au premier rang, il faut lever les yeux vers la scène, mais on entend jusqu’au souffle des acteurs, ce qui rend ces places particulièrement recommandables.
Le deuxième balcon est conseillé pour voir l’ensemble de la scène de face. Pour découvrir le kabuki sans préférence particulière quant à l’emplacement, les places moins chères du troisième balcon sont recommandées.
Des jumelles de théâtre permettent de mieux voir depuis les rangées arrière du rez-de-chaussée ou les deuxième et troisième balcons. Dans tous les cas, choisissez votre place en fonction de vos priorités.
Déroulement des représentations
Les mêmes pièces de kabuki sont généralement jouées chaque jour pendant environ un mois. Le programme change ensuite selon le mois. Deux à trois pièces sont souvent présentées, pour une durée totale d’environ quatre heures, entractes compris. Il est recommandé d’entrer dans le théâtre environ 30 minutes avant le début et d’en profiter pour aller aux toilettes. Une sonnerie retentit cinq minutes avant le lever de rideau pour annoncer que le spectacle va bientôt commencer. Il faut alors regagner sa place.
Selon les pièces, la durée peut aller d’environ 30 minutes à près de deux heures. La pause entre chaque pièce est appelée makuai. Lorsque le rideau se ferme après la première pièce, ne partez surtout pas : la représentation continue ! L’auteur de cet article a vu à plusieurs reprises des touristes étrangers quitter le théâtre pendant un entracte et a regretté de ne pas leur avoir indiqué que le spectacle n’était pas terminé, même s’ils avaient peut-être simplement un autre rendez-vous. Le prix des billets n’étant pas modeste, il est recommandé de rester jusqu’à la fin si le temps le permet. Le makuai dure parfois plus de 30 minutes. Il est alors possible de sortir manger dans un restaurant voisin. Le talon du billet étant nécessaire pour rentrer, veillez à ne pas le perdre. Il est également possible d’acheter un bentō vendu dans le théâtre ou de réserver une table dans son restaurant. Explorer le théâtre et parcourir les boutiques de souvenirs est aussi agréable. Elles proposent notamment des friandises exclusives au théâtre. Des serviettes tenugui et des mouchoirs imprimés de motifs de kumadori sont également vendus et constituent de bons souvenirs du Japon. Il arrive aussi que des portraits photographiques des acteurs de la représentation soient disponibles. En acheter un permet de conserver un souvenir de cette découverte de la culture du kabuki au Japon. Pendant l’entracte, il est souvent permis de prendre des photos dans le foyer et d’autres espaces du théâtre. Une photo souvenir peut être une bonne idée, mais mieux vaut demander confirmation au personnel au préalable.
Règles à respecter pendant la représentation
On pense souvent que le kabuki impose une étiquette stricte, mais il suffit de respecter les mêmes règles élémentaires que pour un opéra ou une comédie musicale.
- Éteindre complètement son téléphone portable.
- Ne pas prendre de photos ni effectuer d’enregistrement pendant la représentation.
- Éviter de parler pendant la représentation.
- Ne pas faire de bruits de froissement pendant la représentation.
- Garder le dos contre le siège et ne pas se pencher en avant.
- Retirer son chapeau. Les femmes doivent éviter les coiffures volumineuses.
- Ne pas boire ni manger pendant la représentation.
Il suffit en principe de respecter ces règles. Autrement dit, tant que personne autour n’est dérangé, chacun peut se détendre et profiter du kabuki. C’est un univers accueillant : il est donc possible de découvrir cette culture japonaise en toute sérénité.
Présentation des théâtres
Plusieurs théâtres permettent d’assister à des représentations de kabuki. Voici les principaux établissements de Tokyo, Osaka et Kyoto.
Kabukiza, arrondissement de Chūō à Tokyo
Ce théâtre présente des représentations de kabuki tout au long de l’année. Il n’est pas exagéré de le qualifier de « temple du kabuki ». Inauguré en 1889, il occupe aujourd’hui son cinquième bâtiment, achevé en 2013. Le théâtre abrite des boutiques de souvenirs et des restaurants. On peut notamment y acheter des mouchoirs illustrés de motifs de kabuki et des crackers senbei, qui feront de bons souvenirs de la représentation et devraient plaire aux proches.
Le Kabukiza propose par ailleurs des places appelées hitomakumiseki, qui permettent d’assister facilement à un seul acte de son choix. Situées au quatrième balcon, elles comprennent environ 70 places numérotées et 20 places libres. La vente cesse dès que le quota prévu est atteint, ce qui exige une certaine vigilance. Le nombre de places peut varier selon la représentation.

Minamiza, arrondissement de Higashiyama à Kyoto
Ce théâtre se trouve à Kyoto, berceau du kabuki. Les origines du Minamiza remontent au début de l’époque d’Edo. Chaque année en décembre s’y tient le somptueux Kichirei Kaomise Kōgyō, qui réunit des acteurs de kabuki de l’est et de l’ouest du Japon. À cette occasion, des panneaux appelés maneki, portant les noms des acteurs, sont affichés dans la partie supérieure du bâtiment. À leur vue, les habitants de Kyoto sentent que la fin de l’année approche. Le Kaomise Kōgyō se tient chaque mois de décembre sans interruption depuis plus de 120 ans. Une maison de douceurs et un restaurant d’udon sont intégrés au théâtre, permettant de combler une petite faim pendant l’entracte.
Le théâtre actuel a été rénové en 2018.

Osaka Shōchikuza, arrondissement de Chūō à Osaka
L’Osaka Shōchikuza a ouvert ses portes en 1923 à Dōtonbori, quartier de théâtres depuis l’époque d’Edo, en tant que premier véritable théâtre de style occidental du Kansai. Les représentations de kabuki y étant irrégulières, il faut consulter le programme avant toute visite.
Remarque : les activités prendront fin après les représentations de mai 2026. Le bâtiment de l’Osaka Shōchikuza, y compris les commerces en sous-sol, doit ensuite fermer.

En apprendre davantage sur le kabuki avant d’assister à une représentation
Le site suivant est recommandé à ceux qui souhaitent préparer ou approfondir leur découverte du kabuki depuis leur domicile, dans n’importe quel pays, avant ou après une représentation au théâtre.
Il s’agit de « KABUKI ON DEMAND », qui diffuse à l’étranger des vidéos de spectacles sous-titrées ou doublées en anglais.
Consultez-le en vous aidant de cet article !
Les spectacles dont sont tirées les photos présentées ici sont disponibles sur « KABUKI ON DEMAND ».
Par exemple, le costume de keisei et la pose mie peuvent être vus dans la pièce Sukeroku Yukari no Edo Zakura.

La pièce Kurumabiki permet également de bien observer le kumadori. Umeōmaru porte un kumadori appelé sujiguma, tandis que Fujiwara no Shihei porte un kumadori appelé kugeare.
Le kumadori suffit-il désormais à reconnaître le caractère d’un personnage ?
Si oui, c’est déjà un niveau avancé en kabuki !

Conclusion
Cet article a présenté les bases du kabuki. Qu’en avez-vous pensé ?
Le kabuki est un divertissement d’exception, riche de traditions et d’histoire dont le Japon est fier.
Lors d’un séjour au Japon, assistez à une représentation et profitez d’un moment hors du quotidien !
Auteur
Présentateur indépendant
Motomura Sayaka
Principalement consacré à la culture traditionnelle, aux arts du spectacle et à l’histoire
