
Se détendre grâce à un parfum agréable : à la découverte de l’encens
L’encens enrichit le quotidien. Lorsqu’un parfum agréable flotte dans l’air, il apaise l’esprit. Au Japon, faire brûler de l’encens est une pratique qui permet aux personnes menant une vie trépidante de se ressourcer. Découvrez toute la richesse de cet univers, intimement lié à la vie des Japonais depuis des siècles.
Histoire de l’encens au Japon
L’encens est arrivé au Japon il y a plus de 1 400 ans. Il aurait été introduit avec le bouddhisme vers 538, durant l’époque d’Asuka. Le Nihon Shoki, premier ouvrage historique rédigé au Japon en 595, mentionne le bois d’agar, ou jinkō, utilisé comme matière première de l’encens et présenté plus en détail ci-dessous. Il s’agit de la plus ancienne mention de l’encens au Japon.
Par la suite, durant l’époque de Nara, l’encens semble avoir été principalement utilisé dans un cadre religieux, notamment pour purifier l’espace devant les statues bouddhiques. En 753, lorsque le moine Ganjin (688-763), qui contribua largement au développement du bouddhisme au Japon, arriva de Chine sous la dynastie Tang, il aurait transmis, avec le bouddhisme, de nombreuses substances aromatiques médicinales et des techniques de composition de l’encens.
Les nobles, qui avaient appris à apprécier l’encens comme une forme de culture à la manière des Tang, commencèrent alors à en profiter dans leur vie quotidienne, au-delà de sa dimension religieuse. À l’époque de Heian, la culture de l’encens se répandit ainsi parmi l’aristocratie, qui occupait le centre du pouvoir politique. Des œuvres littéraires de cette période, comme Notes de chevet et Le Dit du Genji, décrivent également son usage. À cette époque, on faisait couver sur des braises du takimono, un encens élaboré en mélangeant soi-même plusieurs substances aromatiques, afin d’en imprégner les pièces, les cheveux et les vêtements, notamment les kimonos. Le takimono semble avoir été confectionné en réduisant en poudre du bois d’agar, des clous de girofle, du bois de santal et d’autres substances, puis en les pétrissant avec de la pulpe de prune ou du miel. Plus tard, durant l’époque de Kamakura, marquée par l’essor du bouddhisme zen, se développa le monkō, une méthode consistant à se concentrer sur le parfum du bois aromatique et à le savourer lentement.
À l’époque d’Edo, le kumikō se répandit non seulement parmi les nobles et les guerriers, mais aussi parmi les marchands, devenus des acteurs majeurs de l’économie. Des ustensiles dédiés furent créés et des règles d’appréciation des parfums furent codifiées, établissant cette pratique comme une véritable « voie ». Parallèlement, les techniques de fabrication des bâtonnets d’encens furent introduites depuis la Chine, et leur usage se diffusa également parmi le peuple.
Matières premières et lieux de production
Bois aromatiques
L’une des matières premières de l’encens est le bois aromatique, un bois naturel odorant. Il en existe trois variétés représentatives : le bois de santal, le bois d’agar et le kyara. Même au sein d’une même variété, le parfum diffère d’un arbre à l’autre, et certains bois sont rares, précieux et difficiles à obtenir.

Bois de santal, byakudan
Il s’agit du bois aromatique le plus courant, cultivé notamment en Inde, en Indonésie et en Malaisie. Le rōzan byakudan, cultivé dans la région de Mysore en Inde, est considéré comme étant de la meilleure qualité. Outre l’encens, il sert à de nombreux usages, de la fabrication de sculptures artisanales et d’éventails à la médecine.
Bois d’agar, jinkō
Ce bois aromatique rare est produit naturellement au fil de longues années dans les forêts tropicales humides d’Asie du Sud-Est, notamment dans la péninsule indochinoise et en Indonésie. Sous l’effet de blessures et de divers facteurs extérieurs, de la résine s’accumule et se solidifie dans certaines parties de l’arbre, puis mûrit à mesure que celui-ci dépérit. Le terme jinkō est l’abréviation de jin-suikōboku, qui signifie « bois odorant qui s’enfonce dans l’eau ». Il est utilisé depuis longtemps comme parfum à brûler, mais aussi à des fins médicinales.
Kyara
Le kyara est une variété de bois d’agar. Il se forme selon un processus presque identique, mais son parfum et la qualité de ses huiles lui valent un statut à part. Autrefois récolté dans certaines régions limitées du Vietnam, il est aujourd’hui devenu difficile à obtenir et compte parmi les bois aromatiques les plus précieux.
Ces bois aromatiques sont également façonnés sous différentes formes selon leur usage.
Kizami
Bois aromatique finement haché. Il est recommandé pour le shōkō ainsi que pour le soradaki.

Tsume
Cette forme allongée convient parfaitement aux rites bouddhiques et au soradaki.

Boku
Il s’agit de la forme la plus proche de l’état naturel. Chacun découpe le bois à la taille souhaitée avant de l’utiliser.

Kasane
Cette forme est réservée au bois de santal. Elle sert à protéger des insectes les rouleaux suspendus et autres rouleaux.

Wari
Cette forme est fréquemment utilisée lors des cérémonies du thé et des rites bouddhiques, ainsi que pendant l’apprentissage du thé et pour le soradaki.

Kakuwari
Cette forme carrée, soigneusement taillée, est utilisée dans les cérémonies bouddhiques et la voie du thé.
La forme de ces bois aromatiques peut aussi être choisie selon les notions de hare et de ke, auxquelles les Japonais accordent depuis longtemps une grande importance. Hare désigne les jours exceptionnels, comme ceux des fêtes et des cérémonies, tandis que ke correspond au quotidien ordinaire. Plus abordables en raison de leur forme irrégulière, les tsume et les kizami sont recommandés pour un usage quotidien comme « encens de ke ». À l’inverse, les kakuwari, soigneusement taillés un à un, sont utilisés comme « encens de hare » lors des jours exceptionnels.

Substances aromatiques naturelles
Outre les bois aromatiques, plusieurs dizaines de substances naturelles entrent dans la composition de l’encens. Leur origine naturelle rend nombre d’entre elles difficiles à obtenir. Certaines sont aussi connues comme épices ou remèdes de médecine chinoise, et beaucoup de leurs noms seront sans doute familiers.
Cannelle, keihi
Il s’agit de l’écorce séchée du cannelier de Chine, de la famille des Lauracées. Également appelée cannelle, elle provient notamment du sud de la Chine et du Vietnam.

Clou de girofle, chōji
Il s’agit des boutons floraux séchés du giroflier, de la famille des Myrtacées. En Occident, ils sont utilisés depuis longtemps comme épice sous le nom de clous de girofle.

Badiane, dai-uikyō
Il s’agit du fruit séché du badianier, de la famille des Schisandracées. Également appelée anis étoilé, cette épice est indispensable à la cuisine chinoise. Elle est produite dans le sud de la Chine, notamment dans le Guangdong et le Yunnan.

Benjoin, ansokukō
Il s’agit de la résine qui s’écoule après incision du tronc du benjoin, un arbre de la famille des Styracacées. Il est produit en grande quantité à Sumatra.

Bornéol, ryūnō
Il s’agit de cristaux de sève du camphrier de Bornéo, de la famille des Diptérocarpacées. Le bornéol est utilisé comme matière première de l’encens et comme insectifuge. Il est principalement produit à Sumatra et à Bornéo, mais sa découverte dans le kofun du mont Maruko au Japon a également suscité beaucoup d’intérêt.

Oliban, nyūkō
Il s’agit d’une résine qui s’écoule du tronc de l’arbre à encens, de la famille des Burséracées. Elle est produite dans le nord-est de l’Afrique et le long des côtes de la mer d’Arabie. Elle est également utilisée dans les cérémonies chrétiennes.

Galanga, sanna
Originaire du Vietnam, cette plante est surtout récoltée dans le sud de la Chine et au Vietnam. Son rhizome, issu d’une plante de la famille du gingembre, est séché puis découpé en tranches.

Patchouli, kakkō
Il s’agit d’une plante herbacée séchée de la famille des Lamiacées, originaire des Philippines. Également appelée patchouli, elle produit des fleurs blanches à violet pâle.

Opercule de coquillage, kaikō
Il s’agit de l’opercule d’un gastéropode. Il sert de fixateur afin de prolonger la durée du parfum. C’est la seule matière première d’origine animale. Aujourd’hui, les opercules provenant des côtes du nord-est de l’Afrique sont largement utilisés.

L’encens est fabriqué en combinant ces bois et substances aromatiques naturelles. Bien qu’il soit profondément ancré dans la tradition japonaise, ses matières premières sont, pour la plupart, importées de nombreux pays d’Asie du Sud-Est, de Chine, d’Inde et d’Asie occidentale.
Types d’encens
L’encens existe sous de nombreuses formes et s’utilise de diverses manières : certains types s’allument directement, tandis que d’autres diffusent leur parfum à température ambiante sans aucune intervention. Il convient de les choisir en fonction de la situation dans laquelle ils seront employés.
1. Encens à allumer directement
Il s’utilise en le posant ou en le dressant dans un brûle-encens ou sur un porte-encens.
Bâtonnets d’encens
Souvent employés lors des rites bouddhiques, les bâtonnets sont la forme d’encens la plus familière aux Japonais. Il en existe de nombreux types et longueurs selon leur usage, notamment pour parfumer l’intérieur ou pour les rites bouddhiques. Plus le bâtonnet est long, plus sa combustion dure longtemps. Comme il se casse facilement, il est possible de n’en utiliser que la longueur correspondant à la durée souhaitée, ce qui permet de régler aisément le temps de combustion. Sa surface de combustion restant uniforme, le parfum se diffuse lui aussi de façon homogène.

Utilisation d’un bâtonnet d’encens
Pour utiliser un bâtonnet d’encens, il faut une coupelle à encens, ou une petite assiette en céramique, un porte-encens et un briquet. Tenez le briquet perpendiculairement au sol pour l’allumer. Approchez l’extrémité du bâtonnet de la flamme. Une fois l’encens allumé, abaissez-le rapidement à la verticale pour éteindre la flamme. Il est également possible de l’éventer de la main afin de l’éteindre d’un seul coup avec un fort courant d’air. Ne secouez pas l’encens pour l’éteindre, car cela est dangereux. Placez ensuite le bâtonnet sur un porte-encens posé dans une coupelle suffisamment grande pour recueillir les cendres, puis profitez de son parfum.
Encens conique
Il s’utilise en allumant la pointe du cône. En raison de sa forme, la surface qui brûle s’élargit au fil de la combustion, et le parfum devient progressivement plus intense. Ce type d’encens est pratique pour obtenir rapidement un parfum. Les cendres conservant la forme du cône, elles s’éparpillent peu et sont faciles à nettoyer.

Utilisation de l’encens conique
Pour utiliser un encens conique, il faut une coupelle à encens, ou une petite assiette en céramique, un porte-encens et un briquet. Approchez la pointe du cône de la flamme du briquet. Une fois l’encens allumé, abaissez-le rapidement à la verticale pour éteindre la flamme. Il est également possible de l’éventer de la main afin de l’éteindre d’un seul coup avec un fort courant d’air, mais évitez de secouer l’encens lui-même. Placez ensuite le cône sur le porte-encens disposé dans la coupelle et profitez de son parfum.
Encens en spirale
Sa forme en spirale lui confère une longue durée de combustion. Il convient donc parfaitement aux grandes pièces et aux endroits où l’air circule beaucoup. Il n’est pas nécessaire de le brûler entièrement en une seule fois. Pour l’éteindre en cours d’utilisation, il suffit de le casser ou de pincer l’endroit souhaité avec une pince métallique.

Utilisation de l’encens en spirale
Pour utiliser un encens en spirale, il faut une coupelle à encens, ou une petite assiette en céramique, un porte-encens et un briquet. Allumez l’extrémité de la spirale avec le briquet. Contrairement aux bâtonnets et aux cônes, sa forme enroulée impose de veiller à ce que le feu ne se propage pas à la section voisine. Inclinez légèrement l’encens et abaissez-le rapidement pour éteindre la flamme. Posez-le ensuite sur le porte-encens placé dans la coupelle.
2. Encens diffusant son parfum à température ambiante
Cet encens est composé pour diffuser son parfum à température ambiante sans utiliser de flamme. Il suffit donc de le déposer dans l’espace à parfumer pour en profiter facilement. Il sert aussi de décoration intérieure ou d’accessoire vestimentaire. Outre les sachets parfumés, il existe de l’encens en forme de marque-page, à glisser dans un livre, un portefeuille ou un porte-cartes de visite. Plus récemment, des encens parfumés sous forme de dragonnes ont également fait leur apparition. Fixés à un téléphone portable ou à un sac, ils diffusent à tout moment un parfum discret et permettent d’en profiter en diverses occasions. Leur senteur, moins puissante que celle d’un parfum, reste légère et convient donc à toutes sortes de situations.
Sachet parfumé
Le sachet contient un mélange appelé nioikō, composé de substances aromatiques finement hachées, telles que le bois de santal, le clou de girofle, le nard et le bornéol. C’est une sorte de sachet odorant destiné à parfumer les vêtements. Il peut être placé dans une commode, glissé dans l’obiage d’un kimono ou dans sa manche. Avec des vêtements occidentaux, il peut aussi être mis dans une poche ou un petit accessoire comme une pochette.
Il est également possible de confectionner soi-même un sachet parfumé. Lorsque le parfum d’un sachet précieux s’estompe, il suffit d’en remplacer l’encens pour continuer à l’utiliser. Il faut du nioikō, une petite bourse à cordon, du papier japonais fin, du ruban adhésif et une cuillère. Commencez par envelopper une quantité appropriée de nioikō dans le papier japonais fin afin qu’il ne se répande pas, puis fixez le tout avec du ruban adhésif. Il ne reste qu’à placer ce paquet dans la bourse. La confection est très simple, avec le nioikō et la bourse de son choix.

3. Encens chauffé indirectement
Encens pétri, nerikō
Cet encens se présente sous forme de petites boulettes. Il est obtenu en ajoutant du miel et de la pulpe de prune à des substances aromatiques réduites en poudre, puis en pétrissant et en laissant mûrir le mélange. Lors des cérémonies du thé, de l’encens est brûlé afin de purifier l’espace, et le nerikō est principalement utilisé à cette occasion.
À l’origine, le nerikō se prépare en combinant différentes substances aromatiques pour créer et apprécier un parfum à son goût. L’un de ses attraits tient aux variations obtenues selon les proportions. Il faut des substances aromatiques, du miel, un mortier et un pilon. Mélangez les substances dans les proportions correspondant au parfum désiré. Ajoutez ensuite le miel et pétrissez soigneusement le tout avec le pilon. Formez à la main des boulettes de taille appropriée. Des kits de préparation du nerikō étant également disponibles à la vente, il est recommandé de commencer par en utiliser un.

Encens moulé, inkō
Il existe principalement deux méthodes pour brûler le bois aromatique. La première, appelée monkō, consiste à apprécier en silence les nuances délicates du parfum. La seconde, le soradaki, sert à parfumer l’atmosphère d’une pièce. L’essentiel est d’adapter la méthode à l’objectif recherché.

4. Encens à usage spécialisé
Voici les encens utilisés dans les temples et lors des rites bouddhiques.
Bâtonnets d’encens extra-longs
Ces bâtonnets, longs de 33 à 73 cm, ont une longue durée de combustion. Ceux qui dépassent 70 cm peuvent brûler pendant environ six heures. Ils servent aussi à mesurer le temps consacré à la récitation des sutras ou à la méditation assise, défini comme « le temps nécessaire pour qu’un bâtonnet d’encens se consume entièrement ».

Encens en poudre à appliquer, zukō
Cet encens en poudre est offert à la divinité bouddhique principale ou appliqué sur le corps des pratiquants afin de les purifier et d’éloigner les influences néfastes. Il est également utilisé lors de la copie de sutras.

Encens très fin, makkō
Il s’agit d’un encens réduit en poudre extrêmement fine. Il s’utilise mélangé à du bois d’agar, du bois de santal ou d’autres substances. On le fait principalement couver devant un autel bouddhique.

Encens d’offrande, shōkō
Cet encens est composé de bois et de plantes aromatiques finement hachés puis mélangés. La formule de base associe cinq ingrédients : bois d’agar, bois de santal, clou de girofle, curcuma et bornéol.

Comment faire brûler l’encens
Monkō
- Allumer le charbon
- Enfouir le charbon dans les cendres
- Ramener les cendres vers le haut
- Former une montagne avec les cendres
- Créer une ouverture permettant à la chaleur de passer
- Déposer une feuille d’argent, une plaquette de mica
- Placer un petit morceau de bois aromatique sur la feuille d’argent
- « Écouter » le parfum

Soradaki
- Allumer le charbon
- Chauffer les cendres
- Déposer l’encens sur les cendres chaudes

Comme le montrent ces méthodes, profiter de l’encens demandait autrefois du temps et des efforts. Aujourd’hui, il existe toutefois des brûle-encens électriques qui permettent d’apprécier l’encens quelques minutes après leur mise en marche, sans devoir allumer de charbon ni chauffer les cendres.

Shoyeido, maison historique gardienne de la tradition
L’encens accompagne depuis longtemps la vie des Japonais. Tout en préservant cette tradition, la boutique principale de Shoyeido à Kyoto, située dans l’arrondissement de Nakagyō, continue de proposer des parfums adaptés au mode de vie actuel, au rythme des évolutions de la société. Cette maison historique fabrique de l’encens depuis plus de 300 ans. La diversité de ses créations est le fruit d’une riche expérience, d’un vaste savoir et de techniques nourries par la tradition, ainsi que d’une recherche constante de parfums raffinés, sans aucun compromis.

La boutique donne sur l’avenue Karasuma, légèrement au nord de la rue Nijō. Le quartier de Nijō comptait autrefois de nombreux grossistes en produits médicinaux et constituait, à l’époque d’Edo, une « ville du médicament » officiellement reconnue par le shogunat. À son apogée, il aurait abrité plus d’une centaine de commerces. Les grossistes pouvaient naturellement se procurer facilement des remèdes de médecine chinoise, également employés comme matières premières de l’encens. C’est dans ce quartier que Shoyeido perpétue sans interruption la « culture du parfum ». La maison possède une riche expérience, un vaste savoir et des techniques nourries par la tradition. Encens religieux, encens pour la cérémonie du thé ou les salles de réception japonaises, encens de loisir et sachets parfumés : elle préserve la tradition tout en créant continuellement de nouveaux parfums au fil des évolutions de la société.
À l’intérieur, les séries caractérisées par des parfums japonais traditionnels s’alignent en grand nombre.

La série Xiang Do, caractérisée par des parfums purs, comprend quant à elle 16 senteurs, dont Rose et Mélange de baies.

À la question « Mais la rose fait-elle aussi partie des matières premières de l’encens ? », un représentant de Shoyeido a expliqué que le parfum de rose était reproduit à l’aide de matières traditionnellement employées et d’huiles essentielles, sans utiliser directement de roses.
Shoyeido collabore également avec des personnages mondialement connus et des anime emblématiques du Japon. C’est notamment le cas de ces bâtonnets.

Leur section a la forme de Mickey Mouse. Fabriquer des bâtonnets d’encens exige déjà une grande précision technique, et il est pourtant possible de reproduire jusqu’aux courbes de la silhouette de Mickey Mouse ! Ces différents produits témoignent indéniablement de la fierté de cette maison historique.
Il est bien sûr possible d’y acheter de l’encens et des produits associés. Il est recommandé d’échanger avec le personnel sur les situations et la manière dont l’encens sera utilisé avant de faire son choix. À une époque où les achats en ligne sont faciles, la boutique permet de profiter des conseils de vendeurs connaissant parfaitement l’encens. Il est même possible de leur demander d’allumer un produit pour en découvrir réellement le parfum. Comme la senteur semble légèrement changer entre l’état non allumé et la combustion, pouvoir tester les produits qui attirent l’attention est appréciable.
Kunjyukan, un espace pour découvrir les parfums
À côté de Shoyeido se trouve un lieu permettant d’approfondir ses connaissances sur les parfums et de découvrir ses senteurs préférées : Kunjyukan. Il invite à connaître, apprendre et apprécier le monde des parfums.

Ouvert en juillet 2018, ce lieu populaire accueille environ 100 000 visiteurs par an. Il est géré par Shoyeido, la maison d’encens historique de Kyoto présentée plus haut. Dès l’entrée de Kunjyukan, les visiteurs sont accueillis par un bâtonnet d’encens particulièrement long : il mesure pas moins de 120 cm.

Il aurait été fabriqué spécialement pour correspondre aux sept heures d’ouverture de Kunjyukan. Lors de la visite, plus de la moitié avait déjà brûlé. Ce spectacle rappelle que l’encens permet aussi de mesurer le passage du temps. Juste après l’entrée, sur la droite, se trouve un espace appelé « Promenade des parfums ».

Cet espace permet de découvrir de nombreux parfums. Trois boîtes blanches sont suspendues au plafond.

Ces boîtes sont appelées « boîtes à parfums ». En y passant la tête, on découvre un espace rempli d’une agréable senteur. Ce dispositif a été conçu dans l’espoir que chacun puisse apprécier le parfum à l’état pur, sans les idées préconçues suscitées par la vue ou l’ouïe. Chacune des trois boîtes contient un encens différent : il peut être amusant d’essayer d’en identifier le parfum avec ses compagnons de visite. Le point photo est équipé d’un support pour smartphone, permettant de se photographier tout en gardant la tête dans la boîte.
Au fond de l’espace des boîtes à parfums se trouve également la section des « Colonnes des parfums ».

Cette section permet de sentir les matières premières de l’encens. Il suffit d’approcher le nez de la partie blanche en forme de trompette et d’actionner la pompe pour en percevoir le parfum. On y trouve des matières familières comme la cannelle et le bornéol, mais aussi du musc prélevé dans la poche à musc située sur l’abdomen du cerf porte-musc mâle, dont le commerce est aujourd’hui interdit par la Convention de Washington. L’échantillon exposé aurait initialement été conservé à des fins de recherche. Il est rare de pouvoir sentir le musc au Japon, et cet endroit est peut-être le seul à le permettre.
D’autres pièces sont exposées, notamment une maquette du processus de fabrication tel qu’il fut transmis à l’époque d’Edo et un grand tronc de santal. Ces installations interactives permettent d’approfondir ses connaissances sur les parfums et l’encens.
Pour 500 yens, il est aussi possible d’utiliser le « gacha » de sachets parfumés et de bâtonnets d’encens, baptisé Kun Gacha.

Le parfum obtenu reste une surprise. Kunjyukan regorge ainsi d’occasions de découvrir une multitude de senteurs.
Visite de l’atelier de fabrication des bâtonnets
Nous avons pu observer la fabrication des bâtonnets d’encens au deuxième étage de la boutique principale de Shoyeido à Kyoto. Cet atelier en produit environ 60 000 par jour. Dès l’entrée, un agréable parfum emplit l’air.
1. Pesée, composition et mélange
Les matières aromatiques sont réduites en poudre, puis pesées. Les proportions de ce mélange complexe restent le secret du maître compositeur. Même les personnes chargées des autres étapes de fabrication ne les connaîtraient pas. On ajoute ensuite du tabuko, une poudre servant de liant, puis le tout est mélangé et tamisé afin d’obtenir une préparation homogène.
2. Pétrissage
Les matières tamisées sont ensuite versées dans un grand pétrin. De l’eau et du colorant sont ajoutés pendant le mélange, puis la préparation est pétrie pendant 20 à 30 minutes jusqu’à prendre la consistance de l’argile. La quantité d’eau varie selon la température et l’humidité afin d’obtenir une texture aussi souple qu’un lobe d’oreille. Comme cette quantité est ajustée au toucher, cette étape est confiée à des artisans chevronnés, dotés d’un savoir-faire et d’une intuition affinés par l’expérience.

3. Extrusion et découpe sur plateau
La pâte pétrie est ensuite placée dans une extrudeuse hydraulique et poussée à travers de petits orifices. Environ 70 ébauches de bâtonnets encore souples en sortent simultanément.

Elles sont recueillies sur une planche appelée bon-ita, puis leurs deux extrémités sont coupées à l’aide d’une spatule en bambou.
J’ai exceptionnellement pu essayer cette étape. Tout d’abord, les bâtonnets d’aspect argileux qui sortaient de la machine se chevauchaient et ne se posaient pas correctement sur la planche. Ensuite, en coupant leurs extrémités avec la spatule, j’ai exercé une pression inégale et déformé les bâtonnets encore mous. L’opération est difficile. Cette étape est elle aussi confiée à des artisans participant à la fabrication depuis de longues années. J’ai été impressionné de constater que l’intervention d’un spécialiste à chaque étape permettait d’obtenir des bâtonnets parfaitement droits.
4. Namazuke
Les bâtonnets encore souples disposés sur la planche sont ensuite transférés sur une longue planche appelée tehon-ita.

Ils sont serrés les uns contre les autres sans laisser d’espace, puis soigneusement alignés. Le moindre intervalle risquerait de les faire courber. Les parties dépassant de la planche sont ensuite coupées, puis les bâtonnets sont transférés sur une planche de séchage.

Un pré-séchage est également effectué à ce stade. Comme de petits espaces se forment à mesure que les bâtonnets sèchent, ceux-ci sont rapprochés afin de les combler.


Jusqu’à leur transfert dans la salle de séchage pour l’étape suivante, les bâtonnets sont réalignés deux à trois fois par jour.
5. Séchage
Les bâtonnets sont placés dans une salle de séchage où ils sèchent pendant deux à trois jours, tandis que l’air est mis en circulation à l’aide de ventilateurs. L’humidité et la température y sont maintenues à des niveaux constants, qui varient selon la saison. À la question « Pourquoi ne pas les sécher rapidement et efficacement à la chaleur ? », il a été répondu que cela risquerait d’altérer leur parfum ou de les courber. Cette explication rappelle à quel point leur fabrication est délicate.
6. Retrait des planches
Une fois entièrement secs, les bâtonnets sont regroupés en paquets et placés dans leur emballage. Ceux qui sont courbés sont écartés car ils ne répondent pas aux normes, mais servent notamment d’échantillons parfumés en boutique.
Les bâtonnets sont fabriqués selon une méthode traditionnelle demeurée presque inchangée. Des visites sont possibles sur réservation et permettent d’observer de près les techniques ancestrales préservées et transmises par les artisans. Pour plus d’informations, contactez Shoyeido.
Boutiques Shoyeido
Boutique principale de Kyoto / Kunjyukan
- Code postal
- 604-0857
- Adresse
- Côté est de Karasuma-dori, au nord de Nijō, arrondissement de Nakagyō, Kyoto Google Maps
- Tél.
- 075-212-5590
Boutique Sannenzaka
- Code postal
- 605-0862
- Adresse
- Seiryū-en, 3-334 Kiyomizu, arrondissement de Higashiyama, Kyoto Google Maps
- Tél.
- 075-532-5590
Kunkun, gare de Kyoto
- Code postal
- 600-8214
- Adresse
- 8-3 Higashishiokōji Takakurachō, arrondissement de Shimogyō, Kyoto Google Maps
- Accès
- Dans Asty Road, au 1er étage, côté sortie Hachijō de la gare JR de Kyoto
- Tél.
- 075-212-5590 (standard du siège social)
Boutique Osaka Honmachi
- Code postal
- 541-0053
- Adresse
- 1er étage, Honmachi Garden City, 3-6-4 Honmachi, arrondissement de Chūō, Osaka Google Maps
- Tél.
- 06-6121-5590
Boutique Ginza
- Code postal
- 104-0061
- Adresse
- 1er étage, 7-3-8 Ginza, arrondissement de Chūō, Tokyo, le long de Sotobori-dori Google Maps
- Tél.
- 03-3572-6484
Boutique Ningyōchō
- Code postal
- 103-0013
- Adresse
- 2-12-2 Nihonbashi Ningyōchō, arrondissement de Chūō, Tokyo Google Maps
- Tél.
- 03-3664-2307
Boutique Yokohama
- Code postal
- 220-0004
- Adresse
- 1er étage, immeuble JPR Yokohama, 1-5-10 Kitasaiwai, arrondissement de Nishi, Yokohama, préfecture de Kanagawa Google Maps
- Tél.
- 045-412-5590
Boutique Sapporo
- Code postal
- 064-0808
- Adresse
- 12-3-6 Minami 8-jō Nishi, arrondissement de Chūō, Sapporo Google Maps
- Tél.
- 011-561-2307
Conclusion
En entrant chez Shoyeido ou à Kunjyukan, on est enveloppé par l’agréable parfum de l’encens qui accompagne depuis longtemps le quotidien des Japonais, ce qui procure une sensation de bonheur. À l’issue de la visite de l’atelier, j’ai reçu de l’encens. Quelques jours plus tard, en le faisant brûler chez moi, son parfum a ravivé le souvenir des explications entendues ce jour-là, ainsi que celui de la présence et de la passion des artisans dans l’atelier. J’ai alors senti que, parmi les cinq sens humains, l’odorat est particulièrement lié à la mémoire. L’encens est idéal aussi bien pour soi que comme souvenir. Lors d’un séjour au Japon, un passage chez Shoyeido permettra de se laisser apaiser par les parfums et de rapporter dans son pays senteurs et souvenirs.
Références :
Shoyeido. À propos de l’encens https://www.shoyeido.co.jp/incense/index.html
Page officielle de Kodansha BC Co., Ltd., série Manga Shakai Kengaku http://www.toyokuni-bc1.net/bcbook/series_01/
Auteur
Présentateur indépendant
Motomura Sayaka
Principalement consacré à la culture traditionnelle, aux arts du spectacle et à l’histoire
