
Le charme du kintsugi, reflet du sens japonais de la beauté
Que faire lorsqu’un verre auquel on tenait se brise ? Le conserver précieusement malgré tout ? Le jeter ? Et s’il était possible de le réparer et de lui donner une nouvelle vie ?
Depuis des siècles, les Japonais réparent en effet les récipients brisés grâce à une technique appelée « kintsugi », avant de les réutiliser. Cette méthode s’est développée à l’époque de Muromachi en même temps que la culture de la cérémonie du thé. Elle ne consiste pas à dissimuler les traces de cassure : les dommages sont réparés avec de la laque, puis volontairement mis en valeur par l’application de poudre d’or ou d’argent, afin d’apprécier le nouveau « paysage » ainsi créé sur l’objet.
Cette technique est elle aussi l’aboutissement de l’esprit du wabi-sabi, né dans la culture de la cérémonie du thé à l’époque de Muromachi.
Le kintsugi est le fruit de l’esthétique japonaise, qui accepte les blessures et trouve de la beauté jusque dans l’imperfection.
Bien que le kintsugi ait longtemps été considéré comme difficile à pratiquer soi-même, les ateliers d’une journée et les kits vendus ces dernières années permettent désormais de s’y essayer facilement, et de plus en plus de personnes en font un loisir. Cette technique connaît également un regain d’intérêt dans un contexte d’évolution de la société et d’essor des préoccupations liées au développement durable. La projection du court métrage « Kintsugi » au Festival du film de Sundance, aux États-Unis, en 2019, a suscité un engouement discret à l’étranger.
Cet article présente l’histoire et les étapes du kintsugi, ainsi que les raisons de son regain d’intérêt.
Présentation du kintsugi
Origines
La méthode consistant à « réparer des objets avec de la laque » remonterait en réalité à l’époque Jōmon. Des armes telles que des lances réparées avec de la laque ont été mises au jour dans des couches géologiques datant de cette période. À la même époque, des techniques de collage à la laque existaient également en Chine continentale. La laque liquide peut provoquer une irritation cutanée lorsqu’elle est touchée à mains nues, mais elle devient très sûre pour le corps humain une fois totalement sèche. Grâce à son pouvoir de durcissement extrêmement élevé, elle est utilisée depuis des temps très anciens comme adhésif pour réparer les objets cassés. À cette époque, toutefois, elle servait uniquement à la réparation et les traces de celle-ci n’étaient pas encore ornées d’or.
Il existe plusieurs théories sur les origines du kintsugi, mais la plus vraisemblable situe son apparition à l’époque de Muromachi. La culture de la cérémonie du thé aurait joué un rôle majeur dans sa naissance. À cette époque, Ashikaga Yoshimasa, huitième shogun, se retira au Ginkaku-ji, un temple zen de Higashiyama à Kyoto. Il encouragea des formes culturelles nées sous l’influence du bouddhisme zen, telles que la cérémonie du thé, l’ikebana et la peinture à l’encre, contribuant ainsi à leur diffusion. La popularité de la cérémonie du thé entraîna aussi le développement de ses ustensiles. Les bols à thé, initialement souvent importés de Chine et de Corée, finirent par être produits à Kyoto et dans d’autres régions du Japon. Comme ces ustensiles étaient extrêmement précieux, les récipients cassés ou fêlés étaient recollés avec de la laque, puis ornés d’or : ce serait ainsi qu’aurait débuté le kintsugi. Sen no Rikyū, qui contribua lui aussi largement à la culture de la cérémonie du thé, diffusa cette technique. Privilégiant la sensibilité au faste, il recherchait le wabi-sabi, c’est-à-dire « la beauté dans la simplicité » et « la beauté ressentie dans l’aspect solitaire des choses qui se dégradent et se décolorent ». Il aurait donc beaucoup apprécié le kintsugi, conforme à cette conception.

Une sensibilité esthétique propre au Japon
Les parties réparées et saupoudrées d’or sont appelées « paysages ». À l’époque où la cérémonie du thé était en vogue, les motifs formés par les fissures réparées au kintsugi étaient probablement appréciés comme de beaux paysages naturels. Au lieu d’effacer les dommages, on les considérait comme faisant partie de l’histoire du récipient brisé et on allait jusqu’à les contempler avec affection. La beauté était ainsi recherchée dans l’imperfection.

Les étapes du kintsugi
Le kintsugi peut être pratiqué sur presque tous les matériaux, notamment la faïence, la porcelaine, le verre et les objets en laque. Il faut environ trois mois pour achever une pièce, car la laque doit sécher lentement entre chaque étape. Raccourcir ce temps de séchage altère le résultat final : il est donc indispensable de la laisser reposer suffisamment longtemps.
Les méthodes de kintsugi sont variées. En voici un exemple.
1. Fabriquer un « muro » pour sécher la laque
Préparer une caisse en bois avec couvercle, une boîte en carton ou un bac en plastique assez grand pour accueillir confortablement le récipient à réparer. Humidifier l’intérieur avec un vaporisateur. Comme la laque durcit en absorbant l’humidité de l’air, placer un chiffon mouillé au fond de la boîte.
2. Préparer le mugi-urushi
Préparer le mugi-urushi destiné à assembler les fragments. Il est fabriqué avec de la farine de blé, dont le gluten, associé au pouvoir adhésif de la laque, produit une colle extrêmement forte. Le mugi-urushi serait si puissant qu’il résiste à une force considérable.
Délayer la farine dans l’eau, ajouter une quantité de laque brute, ou ki-urushi, identique à celle de l’eau farinée — décrite plus en détail dans la section 3-4 —, puis bien pétrir le mélange à la spatule. Lorsqu’il devient suffisamment visqueux, cet adhésif traditionnel composé à 100 % de matières naturelles est prêt. Le mugi-urushi séchant plus lentement lorsqu’il est conservé, il faut le préparer à chaque utilisation.
3. Assembler les fragments
Assembler les morceaux de céramique avec du mugi-urushi
À l’aide d’une spatule, appliquer du mugi-urushi sur chacune des surfaces cassées, puis les assembler.

Essuyer les débordements avec un mouchoir en papier, par exemple. Les fragments pouvant se déplacer pendant le séchage, les fixer avec du ruban de masquage. Laisser d’abord reposer une demi-journée, puis placer l’objet dans le muro fabriqué à l’étape 1. Laisser la laque durcir dans le muro pendant environ un mois.
Reconstituer les parties manquantes avec du ji et du sabi
Il arrive que le fragment manquant ait disparu. Il faut alors reconstituer la partie ébréchée en modelant du « sabi » comme de l’argile.
Pour préparer le sabi, ajouter de l’eau à de la poudre de pierre à aiguiser, bien pétrir, puis incorporer de la laque brute et pétrir de nouveau jusqu’à obtenir une consistance proche de celle d’un lobe d’oreille. Les proportions sont de 10 mesures de poudre de pierre à aiguiser, 5 d’eau et 5 de laque brute. De la poudre de ji peut également être ajoutée pour donner davantage d’épaisseur ou augmenter la résistance.
Si la partie manquante est importante, il est aussi possible de la façonner en bois, puis de la fixer comme avec du mugi-urushi. Le bois est ensuite entièrement recouvert de sabi.
Laisser d’abord reposer une demi-journée, puis placer l’objet dans le muro fabriqué à l’étape 1. Laisser la laque durcir complètement dans le muro pendant environ un mois.
4. Nettoyer les débordements
Éliminer le mugi-urushi qui dépasse avec du papier abrasif à sec ou à l’eau, une pierre à aiguiser en cristal ou un petit couteau. Si la partie manquante a été reconstituée avec du sabi, la façonner à la forme du récipient avec du papier abrasif à sec ou à l’eau. Il faut veiller à ne pas abîmer le récipient avec le papier ou la pierre à aiguiser et travailler avec beaucoup de précaution.
5. Poncer avec un abrasif encore plus fin
Poncer une nouvelle fois les parties travaillées ou assemblées à l’étape 4 avec du papier abrasif à l’eau plus fin ou une pierre à aiguiser en cristal, afin d’en égaliser la surface. Poncer intégralement les parties reconstituées avec du sabi. Cela facilitera l’étape suivante, qui consiste à tracer des lignes ou à peindre des surfaces à la laque. Là encore, veiller à ne pas endommager la céramique.
6. Appliquer la couche intermédiaire
La couche intermédiaire est une étape essentielle qui détermine la qualité du résultat. Appliquer du kuro-roiro sur les parties poncées avec un pinceau à maki-e. Sur les zones reconstituées avec du sabi, utiliser un pinceau à couche de fond pour recouvrir toute la surface de kuro-roiro. Placer immédiatement l’objet dans le muro et laisser sécher la laque environ une journée. Il est recommandé d’appliquer soigneusement environ trois couches intermédiaires.
7. Poncer la couche intermédiaire
Poncer les parties recouvertes de kuro-roiro à l’étape 6 avec du papier abrasif à l’eau ou une pierre à aiguiser en cristal afin d’égaliser la surface.
8. Réaliser le dessin de fond
Appliquer soigneusement une fine couche d’e-urushi sur les parties poncées. Il est essentiel de tracer une couche fine : si elle est trop épaisse, l’or appliqué ensuite risque de s’y enfoncer, ce qui augmente également la quantité d’or nécessaire.

9. Saupoudrer la poudre d’or
Placer de la poudre marufun dans un tube à poudre et tapoter celui-ci du doigt pour la saupoudrer sur les parties dessinées à l’e-urushi.
Placer l’objet dans le muro et laisser sécher deux à trois jours.

10. Récupérer l’excédent de poudre d’or
Lors de l’étape 9, une grande quantité de poudre d’or se dépose sur des zones superflues. Une fois la laque sèche, récupérer cette poudre en la balayant avec un pinceau en poils.
11. Fixer la poudre d’or avec de la laque
Appliquer au pinceau une fine couche d’uwazuri-urushi sur les parties saupoudrées d’or. Presser légèrement un mouchoir en papier sur les zones traitées pour absorber la laque. Pour obtenir une belle finition, poursuivre jusqu’à ce que la laque ne marque plus le papier. Placer l’objet dans le muro et laisser sécher environ une journée.
12. Préparer le polissage de l’or
Procéder au « polissage à la poudre de pierre à aiguiser » en écrasant cette poudre avec une spatule. Bien pétrir la poudre écrasée avec une quantité approximativement égale d’huile végétale. Déposer le mélange sur du coton hydrophile et polir soigneusement les parties dorées par touches légères, sans appuyer.
13. Polir l’or
Voici la dernière étape. Déposer de la poudre de pierre sur un doigt et polir vigoureusement la partie réparée au kintsugi, jusqu’à ce que le doigt devienne chaud.

Le travail est terminé lorsque l’or commence à briller. S’il ne brille pas, revenir à l’étape 12 et répéter les étapes 12 et 13.
La finition est généralement réalisée avec de la poudre d’or ou d’argent, mais il arrive aussi qu’elle soit uniquement faite à la laque. Dans ce cas, on utilise de la laque mélangée à des pigments en poudre. Ces pigments existent notamment en vermillon, bleu-vert clair ou rose. De jolies couleurs de ce type sont souvent utilisées pour réparer les récipients destinés aux enfants.

Pour préserver la solidité d’une anse de tasse, par exemple, celle-ci peut aussi être renforcée avec du papier japonais collé au moyen d’un mélange de farine de riz et de laque. Les étapes du kintsugi varient selon les artisans et reflètent leur personnalité.

Les personnes qui pratiquent le kintsugi chez elles comme loisir peuvent également employer une méthode plus simple, sans laque.
La laque, indispensable au kintsugi
Qu’est-ce que la laque ?
La laque est une sève raffinée recueillie sur l’arbre à laque, du genre Toxicodendron et de la famille des Anacardiacées. C’est un « adhésif naturel » sans équivalent. La récolte commence vers juin, lorsque la sécrétion de sève devient plus active, en pratiquant des incisions dans le tronc. Un arbre ne fournit pourtant que 200 ml environ. De plus, il faut attendre plus de dix ans après sa plantation avant de pouvoir récolter sa sève. Il s’agit donc d’une ressource naturelle rare et précieuse.
Régions productrices de laque
L’arbre à laque est largement répandu au Japon, en Chine, dans la péninsule coréenne et en Asie du Sud-Est. La laque récoltée au Japon contient particulièrement beaucoup d’urushiol, ce qui lui confère une grande qualité, réputée être la meilleure. Pourtant, la majeure partie de la laque utilisée au Japon provient de Chine, tandis que la production japonaise ne représente que quelques pour cent, soit environ 2 à 5 %. Autrefois, des arbres à laque étaient cultivés dans tout le Japon pour produire cette matière, mais leur culture se limite aujourd’hui à quelques zones, notamment le secteur de Jōbōji à Ninohe, dans la préfecture d’Iwate, ainsi que les préfectures d’Ibaraki et de Tochigi.
Le secteur de Jōbōji représente à lui seul environ 75 % de la production nationale. Des archives indiquent que des arbres y étaient déjà plantés à l’époque d’Edo. Depuis l’ère Meiji, les rejets apparus après l’abattage sont entretenus afin de régénérer les forêts d’arbres à laque et de préserver la production japonaise.
La récolte de la laque, ou urushi-kaki
La sève ne peut être récoltée que sur des arbres âgés d’au moins dix ans. Cette récolte, appelée « urushi-kaki », a lieu chaque année de juin à octobre environ. Des entailles sont pratiquées dans le tronc, puis la sève qui s’en écoule est recueillie à la spatule. La méthode aujourd’hui la plus répandue est appelée « koroshi-gaki ». Les arbres dont la sève a été récoltée sont alors abattus, puis les nouvelles pousses issues des souches sont cultivées pendant plus de dix ans avant de pouvoir fournir de nouveau de la laque.
Types de laque
Différents types de laque sont utilisés au cours du kintsugi. En voici quelques-uns.
- Ki-urushi, laque brute
- Il s’agit de la sève recueillie sur l’arbre à laque, filtrée pour en retirer les impuretés. Sa forte teneur en eau lui confère une grande capacité de pénétration et lui permet de durcir rapidement. Elle est utilisée dans presque toutes les étapes de réparation.
- Suki-urushi, laque transparente
- Il s’agit de laque brute raffinée pour l’application, soumise au « nayashi », qui consiste à la brasser, et au « kurome », qui sert à éliminer son eau. Elle est également appelée kijiro-urushi, suguro-me ou aka-roiro. Elle est utilisée notamment lors de l’étape du « fun-gatame », qui fixe l’or après son application.
- Kuro-roiro-urushi, laque noire
- Il s’agit de suki-urushi oxydée par l’ajout de fer. De couleur noire, elle empêche l’humidité de pénétrer dans le support. Elle est utilisée pour la sous-couche.
- E-urushi, laque pour dessin
- Elle est obtenue en incorporant un pigment appelé bengara à de la laque brute brassée. Elle sert de couche d’adhérence lors de l’application de la poudre d’or.
L’or utilisé pour le kintsugi
La poudre d’or est l’un des principaux matériaux employés lors de la finition. Les types les plus courants sont le marufun, le keshifun et le hiragokufun. Comme ils diffèrent notamment par leur éclat, il convient de comprendre leurs caractéristiques et de les choisir en fonction du résultat recherché. Voici leurs particularités, leurs usages et les différences de finition.
Qu’est-ce que le marufun ?
Le marufun est une poudre onéreuse obtenue en chauffant de fines feuilles d’or, en les réduisant en poudre, puis en donnant aux particules une forme sphérique. Au microscope, celles-ci apparaissent rondes, lisses et uniformes. Lorsqu’il est utilisé pour le kintsugi, chaque grain sphérique donne de l’épaisseur à la poudre, ce qui rend le polissage laborieux. Il offre en revanche une grande solidité et une bonne durabilité. Comme il réfléchit facilement la lumière, son éclat augmente avec le polissage et devient particulièrement intense parmi les poudres d’or.
La finition est voyante, somptueuse et luxueuse. Le marufun est donc souvent utilisé pour les pièces de kintsugi haut de gamme. Lorsqu’il est fabriqué à partir d’or très pur, sa couleur s’altère peu et sa beauté se conserve longtemps. Il est aussi employé pour restaurer des œuvres d’art. Il en existe une vingtaine de tailles, mais le kintsugi utilise la plus fine ou la deuxième plus fine.

Qu’est-ce que le keshifun ?
Le keshifun est obtenu en broyant très finement de la feuille ou de la poudre d’or. Contrairement au marufun, ses particules sont irrégulières, ce qui réduit considérablement la réflexion de la lumière. Il produit ainsi une finition mate. Comme son nom l’indique, l’éclat semble « effacé », donnant une impression sobre et naturelle. Il est utilisé lorsque la réparation doit rester discrète ou selon l’aspect du récipient. Moins cher que le marufun, il est également apprécié des personnes qui pratiquent le kintsugi comme loisir.
Facile à manipuler, il convient aussi aux débutants.
Qu’est-ce que le hiragokufun ?
Le hiragokufun possède des propriétés intermédiaires entre celles du marufun et du keshifun. Il compte parmi les poudres d’or fines obtenues après cuisson et broyage de feuilles d’or. Ses grains sont extrêmement fins, minces et plats. La lumière s’y reflète donc doucement, produisant un éclat délicat et raffiné. Il n’est pas aussi brillant que le marufun, mais reste plus lumineux que le keshifun, faisant ressortir l’or avec discrétion et élégance. Son aspect lisse et doux le destine à la finition d’œuvres exigeant du raffinement. C’est une poudre d’or très équilibrée.
Grâce à sa bonne adhérence, elle est facile à manier pour les débutants. Elle convient également au tracé de lignes fines et de motifs délicats. Elle est appréciée non seulement en kintsugi, mais aussi dans des artisanats traditionnels comme le maki-e.
Le kiriko, le kōkinpun et l’usukinpun font partie des autres poudres d’or utilisées pour le kintsugi. Le choix de la poudre employée pour la finition modifie totalement l’impression produite et revêt donc une grande importance. Choisir le type de poudre en fonction de la texture et de l’usage du récipient, ainsi que de l’éclat recherché, permet de mieux mettre en valeur la beauté du kintsugi.
S’initier au kintsugi
La boutique de laque Shikata Kizō et ses ateliers de kintsugi
Kyoto abrite un lieu où même les débutants peuvent s’initier au kintsugi : la boutique de laque Shikata Kizō, fondée en 1867. Spécialisée dans la vente en gros et au détail de laque et de matériaux pour le travail de la laque, elle possède une grande richesse de connaissances et d’expérience dans ce domaine et peut répondre à toutes sortes de questions sur la laque et le kintsugi. Depuis près de 160 ans, elle préserve et perfectionne des techniques transmises de génération en génération afin de faire connaître aux générations futures les qualités remarquables de la laque et du kintsugi. Elle recevrait chaque année 200 à 300 demandes de réparation. Comme elle utilise des techniques traditionnelles, chaque pièce est soigneusement restaurée pendant plusieurs mois. M. Shikata aurait déjà réparé au kintsugi un récipient aussi large que l’écart entre deux mains placées à hauteur d’épaules, ainsi qu’un récipient brisé en plus de 30 morceaux. C’est un expert du kintsugi capable de réparer presque n’importe quel objet.
Les ateliers d’une journée ont débuté il y a cinq ou six ans environ, en réponse à une demande croissante de personnes souhaitant s’y essayer. Il est possible d’apporter un récipient précieux cassé ou ébréché pour le réparer. Sans objet de ce type, on peut utiliser un récipient fourni par la boutique. Ces ateliers sont très populaires et accueillent environ 40 à 50 personnes par mois. La fréquentation est particulièrement forte de mars à avril, lorsque les touristes sont plus nombreux.
Les ateliers de kintsugi d’une journée
La boutique de laque Shikata Kizō permet de découvrir le kintsugi simplement et agréablement autour d’un café. L’atelier dure environ 2 h à 2 h 30. Le récipient réparé peut bien sûr être emporté et utilisé chez soi. Même les personnes qui débutent totalement ou qui ne sont pas à l’aise avec les travaux minutieux peuvent y participer sans problème. La méthode est enseignée avec gentillesse et attention.

1. Choisir le récipient à utiliser pendant l’atelier
La première étape consiste à choisir un récipient. Il est possible de se décider selon sa couleur ou sa forme, mais chaque pièce présente aussi des cassures ou des éclats différents. Il peut être intéressant d’imaginer les motifs qui apparaîtront après la réparation au kintsugi. Moyennant un supplément, le récipient peut être remplacé par une pièce de Kiyomizu-yaki, l’un des principaux artisanats traditionnels de la préfecture de Kyoto. Il est bien sûr également possible d’apporter son propre récipient cassé ou ébréché pour le réparer.
2. S’essayer concrètement au kintsugi
Un artisan enseigne les techniques de réparation des cassures et des fissures.
- Cassures : les fragments sont assemblés avec une résine spéciale, puis de la laque est appliquée sur les jointures.
- Fissures : les fissures sont suivies avec un pinceau chargé de laque. Cette opération exige de la concentration, car le pinceau doit suivre précisément leur tracé.
Après l’application de la laque sur les cassures et les fissures, de la poudre de laiton ou d’étain est déposée sur le récipient à l’aide de bourre de soie. Il est également possible de choisir une laque colorée bengara, vermillon, bleu-vert clair ou rose. Moyennant un supplément, elle peut aussi être remplacée par de la poudre d’or ou d’argent.
Après avoir emporté le récipient, il suffit de le laisser sécher pendant deux à trois semaines.
La boutique de laque Shikata Kizō ne propose pas seulement une initiation au kintsugi.
Pendant l’atelier, du café est servi dans de la vaisselle en laque. Tout en le dégustant, les participants assistent à une présentation de l’histoire et des caractéristiques de la laque par l’artisan. Entendre parler directement de cette matière par un artisan est une expérience propre à une boutique spécialisée. Les explications sont claires et accompagnées de panneaux illustrés.
Les participants aux ateliers d’une journée seraient pour moitié japonais et pour moitié touristes étrangers. Les groupes organisés viennent généralement avec un interprète. Les visiteurs individuels peuvent également demander les services d’un interprète, mais un anglais simple et une application permettent aussi de communiquer. Chacun peut ainsi choisir la solution qui lui convient pour découvrir le kintsugi, expression emblématique de l’esprit japonais.
Informations sur la boutique de laque Shikata Kizō
- Nom japonais
- 鹿田喜造漆店
- Adresse
- 290 Tawaraya-chō, Fuyachō-dōri Bukkōji-agaru, Shimogyō-ku, Kyoto, préfecture de Kyoto 600-8042
- Téléphone
- 075-351-7106
- Fax
- 075-351-3166
- info@shikataurushi.com
- Site officiel
- Site officiel
Comment entretenir un récipient réparé au kintsugi
Quelques précautions doivent être prises pour manipuler un récipient réparé au kintsugi.
Elles permettent de préserver les parties restaurées plus longtemps.
1. Ne pas utiliser au four à micro-ondes
Comme un récipient métallique, un objet réparé au kintsugi produit des étincelles lorsqu’il est placé dans un four à micro-ondes. Cela risque d’endommager et de décoller les parties réparées. Il faut donc l’éviter.
2. Ne pas utiliser de lave-vaisselle
La pression de l’eau et l’air chaud peuvent décoller les parties réparées au kintsugi.
3. Bien laisser sécher après la réparation avant utilisation
Il ne faut pas utiliser l’objet immédiatement après la finition. Après la réparation au kintsugi, le laisser sécher soigneusement pendant deux à trois semaines avant de s’en servir.
Le regain d’intérêt pour le kintsugi dans son contexte social
Réparer au kintsugi des objets souvenirs endommagés par une catastrophe
Bien que le kintsugi soit une technique ancienne, il connaît un regain d’intérêt depuis quelques années. Le grand séisme de l’Est du Japon, survenu le 11 mars 2011, en a été le déclencheur. D’une magnitude de 9,0, la plus forte jamais enregistrée au Japon, ce puissant séisme dont l’épicentre se trouvait au large de Sanriku a provoqué d’immenses dégâts dans le Tōhoku et d’autres régions de l’est du pays. Les violentes secousses, le gigantesque tsunami et les incendies ont notamment entraîné la destruction totale de plus de 130 000 bâtiments. De nombreuses personnes ont perdu des récipients précieux ou transmis par des proches, qui se sont brisés pendant la catastrophe.
Les artisans du kintsugi auraient alors reçu un grand nombre de demandes de réparation. La reconstruction n’est jamais totalement achevée, mais le kintsugi, capable de restaurer des objets chargés de souvenirs, a aussi contribué à la reconstruction intérieure et suscité un nouvel intérêt. Le Japon étant une région fortement exposée aux séismes, de nombreuses personnes ont également fait réparer au kintsugi des objets précieux endommagés lors des séismes de Kumamoto en 2016, du nord de la préfecture d’Osaka en 2018 et de la péninsule de Noto en 2024.
L’essor du kintsugi pendant la pandémie de Covid-19
Pendant les périodes de confinement liées à la propagation du nouveau coronavirus apparu en 2019, les médias ont présenté le kintsugi comme un nouveau loisir à pratiquer chez soi. Il a alors gagné en popularité, notamment auprès des jeunes générations. Très « instagrammable », le kintsugi s’est diffusé sur les réseaux sociaux et a attiré l’attention non seulement au Japon, mais aussi à l’étranger. Cet intérêt s’expliquerait également par le fait qu’en Occident, les récipients brisés sont généralement considérés comme de mauvais augure, ce qui a donné à cette technique japonaise un caractère inédit.
Conclusion
Lorsqu’un récipient se brise, il est vrai que le premier réflexe est souvent de le jeter. Mais la simple connaissance du kintsugi offre une nouvelle possibilité : celle de le réparer. L’objet ne retrouvera jamais exactement son état d’origine, mais considérer sa réparation comme une partie de son histoire et continuer à l’aimer reflète profondément l’esprit japonais. Participer à un atelier de kintsugi d’une journée au Japon permet d’en apprendre la méthode. Il est ensuite possible de s’essayer chez soi à cette technique propre au Japon. Des kits permettant de pratiquer facilement le kintsugi à domicile sont également vendus depuis quelques années. Puisse cet article non seulement faire découvrir l’esprit japonais à travers le kintsugi, mais aussi susciter la rencontre avec un nouveau loisir.
Auteur
Présentateur indépendant
Motomura Sayaka
Principalement consacré à la culture traditionnelle, aux arts du spectacle et à l’histoire
