Guide complet pour apprécier le nô, quintessence des arts traditionnels japonais

Guide complet pour apprécier le nô, quintessence des arts traditionnels japonais

Dernière mise à jour :
Rédigé par :  Motomura Sayaka
Supervisé par :  Kyoto Kanze Kaikan

Le nô est une forme traditionnelle japonaise de théâtre musical et dansé composée d’utai, de hayashi et de mai. Il est parfois qualifié de « comédie musicale traditionnelle japonaise ».
Portant un masque de nô, les acteurs dansent et interprètent une histoire au son de la flûte et des tambours. Les émotions ne sont pas directement exprimées par le visage, mais par l’inclinaison du masque, les mouvements et des gestes codifiés appelés kata. Les protagonistes sont souvent des êtres non humains, tels que des démons, des fantômes ou des divinités, et la vie, la mort, la joie et la tristesse sont dépeintes à travers un univers surnaturel. Découvrez toute la profondeur du nô, dont la mise en scène minimaliste stimule l’imagination du spectateur.

Introduction

Le nô est un art traditionnel japonais. Composé d’utai, de hayashi et de mai, il s’agit d’une forme de théâtre musical et dansé parfois qualifiée de « comédie musicale traditionnelle japonaise ».

L’utai tient lieu de dialogues, de chant et de narration, tandis que le hayashi désigne l’accompagnement instrumental. Le mai correspond quant à lui à la danse. C’est de la réunion de ces trois éléments que naît le nô.
Les interprètes sont appelés nōgakushi, ou artistes de nô. Dans la plupart des pièces, ils portent différents masques appelés masques de nô. Au son du hayashi joué à la flûte et aux tambours, et au rythme de l’utai, les personnages masqués font progresser le récit en dansant.

Le nô, qualifié de « comédie musicale traditionnelle japonaise »
Le nô, qualifié de « comédie musicale traditionnelle japonaise »

Certains pourraient penser qu’un masque dissimulant le visage empêche de comprendre les émotions du personnage, mais ce n’est pas un problème. Tout l’intérêt de ces masques réside dans le fait qu’une légère variation d’angle ou de mouvement semble en modifier l’expression.
Les émotions des personnages se lisent également dans le jeu des acteurs. Pour faire progresser le récit, les artistes de nô jouent en suivant des mouvements codifiés appelés kata.

Ils adoptent une posture fondamentale appelée kamae et se déplacent sur scène en faisant glisser les pieds selon une marche appelée hakobi.
Les gestes exprimant notamment l’action de « pleurer », « avoir honte », « tirer à l’arc » ou « dormir » ne sont pas laissés à la libre interprétation de l’acteur : la chorégraphie suit des kata déterminés. Ces formes codifiées permettent de comprendre les émotions éprouvées par les personnages. Jouer en suivant ces kata est l’une des caractéristiques du nô.

Une autre particularité majeure du nô est que le protagoniste n’est souvent pas humain.
Il peut ainsi s’agir d’un démon, d’un fantôme, d’une divinité ou d’un autre être n’appartenant pas à ce monde. Le nô n’est pas pour autant un spectacle d’horreur ou de suspense. À travers ces personnages surnaturels, il transmet au public la joie de vivre, la souffrance et la tristesse.
Contrairement au théâtre ordinaire, le décor de fond est constitué d’un grand pin ancien peint sur un panneau appelé kagami-ita. Bien que l’espace scénique soit fixe, l’utai permet d’évoquer divers lieux, comme un sanctuaire, une demeure ou une montagne. En réduisant au minimum les accessoires, les mouvements et les expressions, le nô fait confiance à l’imagination des spectateurs et s’en remet à elle.
Voici un guide complet pour apprécier le nô, un art qui stimule la sensibilité du spectateur.

Qu’est-ce que le nô ?

Histoire du nô

Les origines du nô remontent au début de l’époque de Nara. Il trouverait son origine dans le sangaku, introduit depuis le continent en même temps que le gagaku et la danse. Le sangaku associait diverses formes de divertissement, telles que l’acrobatie, la prestidigitation, l’imitation et la musique instrumentale. Il s’est répandu dans les fêtes des temples et des sanctuaires ainsi que sous la forme de spectacles de rue populaires. Il a ensuite pris le nom de sarugaku.

Du milieu de l’époque de Heian jusqu’à l’époque de Kamakura apparurent des troupes de sarugaku attachées aux temples et aux sanctuaires. Elles y exécutaient des danses lors de cérémonies, en tant que spectacle offert aux divinités. À la même époque, le dengaku devint populaire dans les villages agricoles. Cet art associait des acrobaties aux musiques jouées notamment à la flûte pour rythmer le repiquage du riz. Le dengaku était destiné à prier pour d’abondantes récoltes et à les célébrer. Ces deux arts, appelés respectivement « nô de sarugaku » et « nô de dengaku », se développèrent en rivalisant l’un avec l’autre. Le nô de dengaku finit toutefois par disparaître, tandis que le nô de sarugaku subsista.

Le sarugaku comptait plusieurs za, sortes de troupes théâtrales. Zeami se distingua au sein de l’une d’elles, établie à l’époque de Muromachi dans la province de Yamato, l’actuelle préfecture de Nara. Zeami est une figure essentielle de la culture théâtrale japonaise du nô. Doté de nombreux talents, il fut non seulement acteur de nô aux côtés de son père Kan’ami, mais se distingua également comme producteur, dramaturge et metteur en scène.
Nous sommes alors à l’époque de Muromachi, sous le règne d’Ashikaga Yoshimitsu, troisième shogun du shogunat de Muromachi et bâtisseur du somptueux Pavillon d’or. Zeami et Kan’ami gagnèrent ses faveurs et bénéficièrent de son soutien.

Le Pavillon d’or
Le Pavillon d’or

Grâce à ce soutien, Kan’ami et Zeami intégrèrent au nô les meilleurs éléments des arts du spectacle alors en vogue. Ils prirent également pour sujets des œuvres populaires de l’époque, telles que Le Dit du Genji et les Contes d’Ise, afin de correspondre aux goûts de leurs mécènes guerriers et aristocrates. C’est ainsi qu’ils établirent le nô en tant qu’art théâtral.

De l’époque Azuchi-Momoyama à l’époque d’Edo, les différents types de masques employés aujourd’hui dans le nô furent progressivement réunis et les costumes devinrent plus somptueux. Des scènes de nô furent aménagées au château d’Edo et dans les résidences des daimyos, tandis que de nombreux guerriers s’initièrent à cet art. Comme les artistes de nô étaient au service du shogunat ou des daimyos, leur rang et leur statut se stabilisèrent. Le nô put ainsi s’enrichir grâce à l’attention accordée au jeu et à la mise en scène.

Depuis que Zeami a établi le nô, celui-ci se transmet avec soin depuis plus de 650 ans. Considéré comme un art d’une longévité sans équivalent dans le monde, il a été inscrit en 2001 au « patrimoine culturel immatériel » de l’UNESCO et continue d’être représenté aujourd’hui comme l’un des arts emblématiques du Japon.

Différences entre le nô, le kyōgen et le kabuki

Il est fréquent d’entendre que les différences entre le nô, le kyōgen et le kabuki sont difficiles à saisir. Le nô et le kyōgen partagent une même origine, le sarugaku. Pour résumer, le nô est un théâtre musical et dansé, tandis que le kyōgen est un théâtre dialogué. Le kyōgen se caractérise par la place centrale des échanges verbaux et par son rythme soutenu.

Kyōgen
Kyōgen

À l’origine, le mot kyōgen était un nom commun signifiant « plaisanterie ». La plupart des pièces de kyōgen sont des comédies inspirées du quotidien des gens ordinaires. Elles dépeignent avec satire ce que la nature humaine a de stupide, de comique et d’attachant. Le nô et le kyōgen présentent des similitudes dans le jeu et la mise en scène ; ensemble, ils sont désignés sous le nom de nōgaku.

- Nô Kyōgen
Contenu Légendes, mythes et monde des esprits Vie quotidienne et existence des gens ordinaires
Expression Expression par l’utai et la danse, avec utilisation de masques de nô Principalement fondé sur le dialogue ; les masques sont rarement utilisés
Atmosphère Univers calme, solennel et spirituel Univers joyeux, comique et profondément humain
Objectif Recherche de l’éveil et d’une beauté mystérieuse Rire et satire

Le kabuki, apparu à l’époque d’Edo, s’est quant à lui constitué sous l’influence du nô et du kyōgen.

Kabuki
Kabuki

Le kabuki est apparu environ 300 ans après la naissance du nô et du kyōgen. Le nōgaku et le kabuki présentent des similitudes dans leurs types d’accompagnement musical et dans la structure de leur scène. De nombreuses pièces de nô et de kyōgen ont également été adaptées au kabuki. La célèbre pièce de kabuki Kanjinchō est ainsi une adaptation du nô Ataka, tandis que le kyōgen Bōshibari est lui aussi représenté au kabuki sous le titre Bōshibari. D’autres œuvres, comme Funa Benkei et Tsuchigumo, ont également servi de base à des pièces de kabuki. Même lorsqu’ils partagent le même sujet, ces arts produisent des impressions très différentes. Il est donc intéressant de comparer le nô, le kyōgen et le kabuki.

Les personnages du nô

Bien que cela varie selon l’histoire, certains types de personnages apparaissent fréquemment sur la scène de nô.
Voici les plus représentatifs.

Différents personnages, dont des démons
Différents personnages, dont des démons

Les divinités

Des divinités masculines, féminines ou âgées apparaissent sur scène, mais la plupart sont masculines.
Entourées d’une atmosphère solennelle, elles sont empreintes de noblesse et exécutent une danse de bénédiction.

Les tengu

Capables de déployer une force surhumaine lorsque la situation l’exige, les tengu sont vêtus comme des yamabushi, moines ascètes qui s’entraînent habituellement dans les montagnes. Ils portent une chevelure appelée kashira, surmontée du tokin caractéristique des yamabushi. Ils tiennent également un éventail de plumes à la main.

Les vieillards

Bien qu’ils aient l’apparence de vieillards, ils peuvent être des divinités ou des esprits.
Ils révèlent leur véritable forme dans la seconde moitié de la pièce.

Les guerriers

Ce sont les fantômes de guerriers des clans Taira ou Minamoto. Leur armure est suggérée par la manière de porter leur costume, et ils peuvent être munis d’un long sabre.

Les êtres célestes

Ce sont des habitants du monde céleste qui apparaissent notamment dans la pièce Hagoromo.
Ils portent sur la tête une couronne céleste appelée tenkan, signe d’un rang élevé, et dansent vêtus de costumes somptueux.

Les moines

De nombreuses pièces commencent lorsqu’un moine rencontre un phénomène mystérieux au cours d’un voyage.
Le public suit souvent l’histoire de son point de vue.
Dans la seconde moitié, il arrive également que le moine prie afin de permettre à un esprit vengeur de trouver le repos.

La signification des masques de nô

Dans le nô, le masque est appelé omote, un mot signifiant littéralement « visage ». Il représente notamment la personnalité du personnage. On estime que le répertoire actuel du nô compte 240 pièces et qu’environ 60 masques sont nécessaires pour les interpréter. Leur forme aurait été fixée entre l’époque de Muromachi et le début de l’époque d’Edo. En incluant les masques particuliers, il en existe aujourd’hui plus de 200 types.

Il existe plus de 200 types de masques de nô
Il existe plus de 200 types de masques de nô

Les masques réservés à un rôle précis sont peu nombreux ; en règle générale, un même masque sert pour différents rôles.
En les observant attentivement, on constate que la position des yeux et des sourcils est légèrement asymétrique. Une simple variation d’angle suffit à donner l’impression que le masque sourit, s’attriste ou change d’expression.
Pour exprimer une émotion lumineuse, le masque est incliné vers le haut : ce mouvement est appelé teru. Pour une expression sombre, il est orienté vers le bas : ce mouvement est appelé kumoru. Voici quelques-uns des masques les plus représentatifs.

Waka-onna

Ce masque représentant une belle jeune femme aux traits délicats est utilisé dans un large éventail de pièces.

Waka-onna, portant le nom « Shiragiku »
Waka-onna, portant le nom « Shiragiku »

Hannya

Bien qu’il ressemble à un démon, il s’agit en réalité d’un masque féminin.
Rendue folle par la jalousie, la femme a pris l’apparence d’un démon.
Ses yeux sont emplis de tristesse, tandis que sa bouche exprime la colère. Sa chevelure ébouriffée est également clairement visible.

Hannya
Hannya

Okina

Ce masque est porté par l’acteur shite qui interprète Okina.
Le vieillard au visage blanc est appelé Hakushikijō. La partie inférieure de sa mâchoire est séparée et reliée par des cordons.
Cette caractéristique ne se retrouve sur aucun autre masque de nô.

Okina
Okina

La scène de nô

Voici une présentation détaillée de la scène de nô.

Scène de nô
Scène de nô

1. Honbutai, la scène principale

Il s’agit de la partie centrale de la scène de nô. De forme carrée, elle mesure trois ken de côté, soit environ 5,4 m. D’épaisses lames de cyprès japonais sont posées dans le sens longitudinal, vers l’avant de la scène. Aucun clou n’est utilisé, afin de faciliter la marche, les frappes de pieds et les sauts. L’espace sous le plancher est creux pour faire résonner les sons. La scène est légèrement inclinée vers l’avant, qui est plus bas, afin d’offrir une meilleure visibilité au public.

2. Kagami-ita, le panneau du fond

Ce panneau mural situé au fond de la scène porte toujours la représentation d’un vieux pin, plante de bon augure. Le pin, qui ne se flétrit pas, symbolise une prospérité éternelle. On croit que les divinités descendent dans les pins.

3. Atoza, l’arrière-scène

Cette partie se trouve derrière la scène principale. Les assistants de scène et les musiciens de hayashi y prennent place. Alors que les lames du plancher de la scène principale sont posées dans le sens longitudinal, celles de l’atoza sont disposées transversalement. Cet espace est donc parfois appelé yoko-ita, « planches transversales ». Lorsqu’un acteur s’y trouve, notamment pour changer de costume au cours d’une pièce, le public peut le voir, mais doit faire comme s’il était invisible.

4. Jiutaiza, l’espace du chœur

Situé sur le côté de la scène principale, cet espace accueille le chœur jiutai. Ses membres sont généralement assis sur deux rangées de quatre. Lorsque la scène de nô est utilisée pour le kyōgen, le jiutaiza n’est pas employé.

5. Shirasu, l’espace de gravier blanc

Il s’agit de l’espace recouvert de pierres blanches entre la scène de nô et les sièges du public. Vestige de l’époque où les scènes de nô se trouvaient en plein air, il aurait servi de réflecteur en renvoyant la lumière du soleil pour mieux éclairer les masques et les costumes.

6. Metsukebashira, le pilier de repérage

Le masque de nô réduisant le champ de vision et altérant la perception des distances, ce pilier a reçu son nom parce qu’il servait de repère pour vérifier sa direction et sa position. La scène de nô comporte trois autres piliers. Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir du metsukebashira se trouvent le shitebashira, près duquel commence souvent le jeu du shite, le fuebashira, près duquel s’assoit le flûtiste, et le wakibashira, près duquel s’installe généralement le waki.

7. Kizahashi, l’escalier

Il s’agit du petit escalier installé au centre de la scène principale. Il n’est plus utilisé aujourd’hui, mais à l’époque d’Edo, les fonctionnaires l’empruntaient pour monter sur scène afin de donner le signal du début du spectacle ou de remettre une récompense. Il subsiste comme vestige de cette époque.

8. Kiridoguchi, la porte coulissante

Cette porte coulissante se trouve au fond, à droite lorsqu’on regarde la scène. Le chœur et les assistants de scène l’empruntent pour entrer et sortir.

9. Hashigakari, la passerelle

Cet espace semblable à un couloir s’étend en diagonale vers le fond à gauche de la scène principale. Il sert à la fois de passage entre la salle du miroir et la scène principale, et d’espace de jeu. Sa longueur est généralement d’environ 10 m.

10. Agemaku, le rideau

Ce rideau est suspendu entre la salle du miroir, lieu sacré où les acteurs se concentrent et mettent leur masque, et la passerelle. Il porte cinq bandes verticales de couleurs représentant le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau. Il n’en comporte parfois que trois. Le rideau est levé et abaissé lors de l’entrée et de la sortie des interprètes. Lorsqu’une personne en costume, comme le shite ou le waki, passe, il est entièrement ouvert selon une disposition appelée honmaku. Pour les musiciens du hayashi, seule une petite partie du côté du mur est ouverte, selon une disposition appelée katamaku.

11. Bugyōmado, la fenêtre du magistrat

Cette fenêtre se trouve dans le mur à côté de l’agemaku et comporte un store de bambou du côté intérieur. Elle permet d’observer depuis la salle du miroir le déroulement de la représentation sur scène et la réaction du public. Son nom vient du fait qu’à l’époque d’Edo, les fonctionnaires, ou bugyō, auraient regardé par cette fenêtre pour surveiller les lieux. Elle est également appelée arashimado ou monomimado.

12. Les pins, premier, deuxième et troisième pin

Trois pins sont plantés à intervalles réguliers dans le shirasu, le long de la passerelle. Ils sont tous de tailles différentes et deviennent plus petits à mesure qu’ils s’éloignent de la scène principale. Ils servent également de repères pour le placement des acteurs lorsqu’ils jouent sur la passerelle. En partant du plus proche de la scène principale, ils sont appelés premier pin, deuxième pin et troisième pin.

13. Kininguchi, l’entrée des dignitaires

Cette entrée était utilisée par les personnes de haut rang pour accéder à la scène et la quitter, mais elle n’est plus employée aujourd’hui.

14. Kensho, les places du public

Dans le nô, les places du public sont appelées kensho. Jusqu’au début de l’ère Shōwa environ, elles étaient souvent recouvertes de tatamis et les spectateurs assistaient aux représentations assis à genoux. Aujourd’hui, il s’agit presque toujours de sièges. Les différentes parties du kensho portent des noms distincts. La zone située face à la scène principale est appelée shōmen, celle offrant une vue latérale de la scène principale est appelée waki-shōmen, et la zone qui s’étend en éventail depuis le pilier de repérage et offre une vue en diagonale est appelée naka-shōmen.

Les interprètes du nô

Les personnes qui pratiquent professionnellement le nô sont appelées nōgakushi, ou artistes de nô. Elles se divisent principalement entre tachikata et hayashikata. Les tachikata sont chargés de l’utai et du jeu, tandis que les hayashikata jouent des instruments. Les tachikata comprennent les rôles de shitekata, wakikata et kyōgenkata. Les wakikata, kyōgenkata et hayashikata, c’est-à-dire tous les rôles autres que les shitekata, sont collectivement appelés sanyaku, « les trois fonctions ». Les hayashikata comprennent les spécialistes de la flûte, du petit tambour kotsuzumi, du grand tambour ōtsuzumi et du tambour taiko. Chacun exerçant une fonction spécialisée, il n’est pas possible de changer de rôle ou d’école en cours de carrière. Une représentation de nô réunit en outre au moins une petite quinzaine de personnes sur scène, et parfois plus de vingt.

1. Shitekata

Shite

Il s’agit de l’interprète du rôle principal de la pièce.
Il n’existe aucune pièce sans shite. Celui-ci joue souvent un être non humain, comme un démon, une divinité ou un fantôme.
Dans ce cas, il porte un masque de nô. Il assure également la coordination générale, notamment celle de la mise en scène.

Shitezure

Il s’agit d’un rôle secondaire important, souvent celui d’un compagnon ou d’un proche du shite.

Kokata

Il s’agit d’un rôle interprété par un enfant. On le retrouve notamment avec Umewakamaru dans Sumidagawa et Ushiwakamaru dans Kurama Tengu.

Kōken

Les kōken sont chargés d’assurer le bon déroulement de la représentation. Ils se tiennent en retrait au fond de la scène et sont généralement deux ou trois. Avant le spectacle, ils aident le shite à revêtir son costume. Pendant la représentation, ils l’assistent lorsqu’il change de costume sur scène, lorsque sa tenue se dérange ou lorsqu’il manipule un accessoire. Comme ils doivent garantir le bon déroulement du spectacle, ils doivent connaître parfaitement l’enchaînement et la disposition de tous les éléments scéniques. Cette fonction est donc généralement assurée par un artiste plus expérimenté que le shite ou par son maître.

Jiutai

Le jiutai interprète l’utai, qui assure le chant, les dialogues et la narration. Environ huit personnes sont alignées à droite de la scène et chantent toutes la même mélodie.

2. Wakikata

Waki

Le waki apparaît souvent au début de la pièce. Il en présente le cadre et entraîne le public dans l’univers du récit. Il suscite et reçoit le jeu du shite. Alors que le shite incarne un être surnaturel, le waki joue généralement un homme adulte appartenant au monde réel, par exemple un moine voyageur, un émissaire de l’empereur ou un guerrier. Comme il s’agit d’un personnage du monde réel, il ne porte pas de masque de nô.

Wakizure

Il joue souvent le rôle d’un compagnon ou d’un subordonné du waki.

3. Kyōgenkata

Ai

Il apparaît principalement entre la première et la seconde moitié de la pièce. Il raconte une histoire concernant le shite et assure la transition entre les deux parties.

4. Hayashikata

Ce sont les instrumentistes. Ils jouent de la flûte, du petit tambour kotsuzumi, du grand tambour ōtsuzumi et du taiko, chacun de ces instruments étant confié à un spécialiste. Selon la pièce, le taiko peut être absent. Leur musique joue un rôle essentiel en mettant en valeur l’utai et le jeu des acteurs.

Kotsuzumi
Kotsuzumi

Découvrir un théâtre de nô

Le quartier d’Okazaki, dans l’arrondissement de Sakyō à Kyoto, concentre les institutions culturelles et artistiques de la ville. On y trouve notamment le sanctuaire Heian-jingū, le Musée national d’Art moderne, le Musée municipal d’Art de Kyoto et le zoo municipal de Kyoto. La rivière Shirakawa et le canal du lac Biwa coulent à proximité. Avec ses cerisiers en fleurs au printemps, ses feuillages colorés en automne et ses rues pleines de charme que l’on apprécie simplement en s’y promenant, le quartier offre un cadre particulièrement pittoresque. C’est là que se trouve le Kyoto Kanze Kaikan.

Extérieur du Kyoto Kanze Kaikan
Extérieur du Kyoto Kanze Kaikan

La scène de nô du Kyoto Kanze Kaikan est entièrement construite en cyprès japonais. Le vieux pin peint sur le panneau du fond est une œuvre particulièrement précieuse de Dōmoto Inshō, l’un des grands peintres japonais de Kyoto.

La scène de nô du Kyoto Kanze Kaikan
La scène de nô du Kyoto Kanze Kaikan

Aucune règle vestimentaire ne s’applique pour se rendre dans un théâtre de nô, et il n’est pas nécessaire de porter un kimono pour pouvoir entrer. Il est préférable de choisir des vêtements adaptés à une longue période en position assise. Comme la salle peut être un peu fraîche, une veste ou un autre vêtement facile à ajouter ou à retirer peut être utile.

Acheter des souvenirs

Lors d’une visite au Kyoto Kanze Kaikan, les articles consacrés au nô constituent d’excellents souvenirs.
La trousse à cosmétiques « Keshō no omote » est particulièrement impressionnante.

Elle a la forme d’un masque de nô féminin et peut contenir des pinceaux de maquillage, un eye-liner, du mascara, des ombres à paupières ou du fard à joues. Elle peut bien sûr servir de trousse à cosmétiques, mais aussi de plumier très pratique.
Elle est également disponible sur un site de vente en ligne.

Les petits objets comme le ruban adhésif décoratif ou le papier origami sont également recommandés comme cadeaux pour des amis.
Le ruban adhésif comporte cinq bandes colorées évoquant l’agemaku. Orné de motifs représentant notamment Hannya et Ko-omote, il présente un design vif et mignon. Le « papier origami de masques de nô » comprend des schémas permettant de plier les masques d’Okina, de femme et de Hannya.
Il existe également du « papier origami nōgaku » portant des motifs de masques et d’instruments utilisés dans le nô.
Choisir un souvenir apprécié permettra de conserver un lien avec le nô même après le retour dans son pays.

Conclusion

Le nô, l’un des sommets des arts traditionnels japonais, a profondément influencé d’autres aspects de la culture japonaise, notamment le kabuki et la cérémonie du thé. Il compte également parmi les grands arts de la scène à l’échelle mondiale.
Les masques et les costumes de nô possèdent une grande valeur artistique, tandis que certaines scènes sont classées trésors nationaux ou biens culturels importants. En exprimant un univers solennel et spirituel, le nô peut être considéré comme une culture concentrant l’âme du Japon et la sensibilité esthétique japonaise.
Les informations de cet article permettront de mieux apprécier le nô lors d’un séjour au Japon.

Motomura Sayaka

Auteur

Présentateur indépendant

Motomura Sayaka

Principalement consacré à la culture traditionnelle, aux arts du spectacle et à l’histoire

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